CV-land

Je viens d'avoir aujourd'hui plusieurs entretiens professionnels, qui m'ont fait traverser Paris de long en large de tôt-le-matin au soir. "On" a examiné attentivement mon CV et on m'a fait plusieurs remarques qui appellent réponse - ou en tous cas commentaire - de ma part. Inutile de vous dire que les interviewers ont eu le droit aux mêmes réponses.

votre CV commence par votre expérience professionnelle et pas par votre cursus universitaire
Et comment!!! Je suis informaticien d'abord. J'ai commencé à babasser à l'âge de neuf ans, et j'ai passé plus d'années derrière un écran que la plupart de mes collègues dans les entreprises françaises dans lesquelles j'ai bossé. Dans ces conditions, on devrait se tamponner comme de l'an 40 du fait que je sois X-Télécom ou pas pour ne regarder qu'une chose: puisque je postule sur des postes à dominante technique, suis-je un bon informaticien ou pas. Le reste, c'est du passé qui ne doit resurgir qu'après, et encore... Le meilleur informaticien que j'ai recruté s'appelle Vincent Gillet (si tu me lis Vincent, pas de fausse flatterie ici, tu sais que je le pense réellement), et il n'avait aucun diplôme. Les autres candidates pour le poste sortaient de l'Epita, de Centrale et de Normale Sup' (si!!!). Je n'ai jamais eu le moindre début d'occasion de regretter mon choix... Vincent était informaticien, il était cool et bosseur, c'était un perfect fit. Je l'ai embauché instantanément avec le titre d'Ingénieur. Il est aujourd'hui Ingénieur chez France Télécom après avoir bossé au NIC France. Voila, le diplôme ne fait pas l'homme, loin de là, ou en tous cas pas dans mon métier. Et les entreprises françaises auraient GRAND intérêt à s'en rendre compte.
Mais que voulez-vous, quand Unilog embauche des biochimistes sortant d'Université, payés au lance-pierre, formés en 10 jours à Windows et à Delphi, et en les facturant au prix d'un informaticien...
votre CV est en anglais
Oui. S'il était rédigé en français, il contiendrait de toute manière une telle proportion de mots anglais intraduisibles que cela serait en vérité du franglais. Et puis je l'envoie à beaucoup de boîtes internationales. Et puis it is a small world. Et puis si une DRH ou un manager ne comprend pas l'anglais de mon CV, je ne suis pas sûr d'avoir quoi que ce soit à faire dans l'entreprise en question... Un éditeur de logiciels où on embaucherait des personnels non anglophones a peu de chances de vivre longtemps. Mais je peux me tromper, les boîtes franco-françaises ne cessent de me surprendre - et pas nécessairement en bien - depuis une bonne douzaine d'années....
votre CV contient plein de mots techniques
euuuuuh, oui. Que puis-je répondre d'autre.... :-/
vous parlez vraiment suédois?
jodå... och du förstår inte vad jag säger/skriver, och det tycker jag MYCKET om :-)
mais vous allez coûter beaucoup trop cher pour continuer à faire de la technique à 35 ans avec votre cursus!!!
merci d'être venu, je ne vous raccompagne pas, recruteur suivant svp?...

c'est quand même dingue... On préfère un médecin généraliste un peu âgé parce qu'il a plus d'expérience, qu'il a vu plus de pathologies diverses, qu'il réfléchit plus qu'un jeune avant de déployer toute une batterie d'examens coûteux et parfois inutiles. Alors pourquoi refuser que les informaticiens continuent à acquérir de l'expérience et donc offrent aux projets/produits sur lesquels ils travaillent plus de qualité, plus d'idées, et contrairement à ce que tous les DRH pensent, autant (sinon plus) d'INNOVATION. Tout simplement parce que les SSII françaises (qui se réintitulent pompeusement Consulting Agencies et qui malheureusement modèlent un marché peu orienté vers l'industrie du logiciel) privilégient la rentabilité à la satisfaction clientèle. Pour la plupart, le motto c'est facturer au maximum en payant les informaticiens au minimum. Et souvent tant pis pour le client. A ceux-là, je recommande FORTEMENT la lecture de ce livre. J'aurais aimé bosser pour son auteur.
vous êtes atypique
Aaahhhh, merci du compliment :-)