La 607 version luxe avec chauffeur s'arrête en douceur au coin de la rue, après avoir gentiment laissé passer une piétonne avec sa poussette. Le chauffeur très propre sur lui fait le tour du véhicule et ouvre la porte arrière. S'en extrait un grand capitaine d'industrie, que je reconnais instantanément. Il a l'air sombre, voire mauvais. Etonnant, car c'est d'habitude un homme connu pour sa discrétion d'une part, mais aussi son caractère bonhomme d'autre part. Il se dirige directement vers la sublime voiture ancienne qui est à quelques mètres, immobilisée après un bel accident qui lui laisse tout l'avant littéralement réduit d'un bon mètre... Il s'approche des deux jeunes de 25 ans à côté de la voiture et, d'un seul coup, colle une gifle retentissante au plus frimeur des deux, celui qui est habillé, coiffé, stylé comme un jeune pêteux. Le discours qui a suivi mérite d'être relaté ici : "Que tu sois un petit con, tu n'y peux rien, tu es le bien le fils de ta mère, elle m'aura décidément emmerdé jusqu'au bout; que tu sois un petit con frimeur et incapable de réaliser quoi que ce soit d'intelligent de sa vie, tu n'y peux presque rien, c'est ma faute, j'aurais du te coller cette gifle il y a quinze ans; que tu conduises comme un pied et rates un virage de débutant parce que tu roulais à cent en centre-ville, passe encore, on ne demande pas à une méduse d'avoir un cerveau. Mais que tu aies bousillé la voiture que ton grand-père a rêvé toute sa vie de posséder, et qu'il nous a légué en nous disant qu'elle était son bien le plus précieux, cela tu vois espèce d'imbécile heureux, je ne te le pardonnerai jamais. Maintenant disparais de ma vue, histoire que je réussisse à appeler un garagiste sans l'engueuler juste parce que tu es en face de moi... Et arrange toi pour ne pas avoir à croiser mon chemin jusqu'à ce que je sois calmé."

Superbe.