Voici ce que j'ai pensé de la totalité du numéro télévisuel de Chirac:

  1. Chirac a accepté un niveau de familiarité voire d'insolence que pas un seul homme politique français n'avait jamais toléré auparavant. En ce sens, et il est important d'imaginer que Chirac n'a monté tout ça que pour cela en sachant le référendum déjà perdu, il a modifié les us et coutumes de la politique française. On peut considérer qu'il s'agit d'une tentative de rapprochement des politiciens et de la "France d'en bas". Personnellement, et malgré toutes mes réticences face à un Président de la République qui mériterait plus les cours de justice que le palais de l'Elysée, je dois avouer qu'il ne s'en est pas mal tiré. Pour la première fois, un politicien - qui plus est le Chef de l'Etat - a accepté d'aller au casse-pipe pratiquement sans garde-fou. Aucun successeur n'aura d'excuse s'il fuit ce type de numéro d'équilibrisme.
  2. Chirac est décidément une vraie bête de scène, un type à l'énergie incroyable. Il s'est fait en grande partie allumer par 83 personnes sans compter les animateurs pendant près de trois heures, à 71 ans, et il a été combatif et fort jusqu'à la dernière seconde. Il m'a TRES impressionné. Après mûre réflexion, je ne vois que quatre autres personnes capables de faire ça : Kouchner, Sarkozy, Cohn-Bendit et Tapie.
  3. Chirac n'a pas eu un seul argument décisif. Je ne pense pas qu'il a convaincu qui que ce soit. Au contraire, j'ai entendu un excellent argument en faveur du non "en gros, on nous demande un chèque en blanc, on n'a pas reçu le texte, on ne nous l'a pas expliqué mais on nous dit que ce sera le chaos si on ne vote pas non. Alors donnez-nous le texte et revenez poser la question dans dix ans". Hmmmm. C'est malheureux, mais ça fait du sens.
  4. Chirac a répêté plusieurs fois qu'il ne comprenait pas le pessimisme des "jeunes" autour de lui. C'est bien cela le problème. Il ne peut pas comprendre... Le nombre de chômeurs autour de moi croit à vitesse exponentielle. Notre pouvoir d'achat chûte. Nos cotisations sociales explosent. Même les charges patronales - que ce gouvernement de droite était censé réduire - ont nettement augmenté (le patron de Disruptive Innovations SARL vous le confirme!). Je pense que cette incompréhension, plusieurs fois déclarée, est une catastrophe pour Chirac qui n'a pas du se rendre compte de l'effet dévastateur d'une telle remarque.

En conclusion, je crois que la prestation de Chirac en faveur du oui a été totalement ratée. En revanche, sa prestation comme acteur de qualité infatigable a été plus que correcte. Je crois donc qu'il n'a aucun espoir sur le référendum et ne pense qu'à redorer son propre blason en perspective de l'échec du vote. Il doit en réchapper. Et puis ne l'oublions pas, il a des mouvements sociaux sur les bras, et approche du cap fatidique des "Dix ans, ça suffit!". Corollaire : si le non l'emporte, Chirac ne pourra pas ne pas donner au peuple une victime expiatoire, en particulier parce qu'il s'agira d'un vote-sanction. Raffarin devrait donc sauter. Il a quatre repreneurs possibles: Sarkozy, Villepin, Alliot-Marie et Barouin. Si Sarkozy accède à Matignon, cela ne sera que pour le flinguer, mais Chirac en est capable. Villepin n'est pas aimé de la population, ni des media (cf. l'opinion d'Elkabach à son sujet : "méprisant"). Alliot-Marie n'a, je pense, pas la carrure nécessaire, mais elle est du sérail. Et Chirac a commencé à distiller dans les media depuis deux/trois mois quelques petites phrases gentilles sur Barouin. Il utilise en cela le mécanisme qu'il a déjà mis en oeuvre plusieurs fois pour lancer Raffarin, Delevoye avant lui et pas mal d'autres. Il est en train de mettre Barouin sur orbite, pour devenir à terme le futur leader de la Chiraquie. La différence entre Barouin et les autres prétendants, c'est que Chirac le considère comme son propre fils. Et il fait également tout pour que cela se sache.

Barouin Premier Ministre, ça vous dirait ? Il est au moins aussi hautain que Juppé, aussi inintéressant que Raffarin, et aussi "France d'en Haut" que toute l'UMP. Que du bonheur.

Update en date du 18 avril : extrait du Monde de ce soir, "A l'issue d'une rencontre avec le président de la République, dimanche 17 avril, Dominique de Villepin a laissé entendre que les jours du premier ministre étaient comptés "quel que soit le résultat du référendum". Voila, comme je le disais.