France Info interview le PDG de Microsoft France
By glazou on Friday 29 April 2005, 10:37 - Computing - Permalink
J'étais ce matin en voiture en direction de mon bureau quand France Info m'a fait dresser l'oreille pour une interview d'Eric Boustouller, le PDG de Microsoft France. Sa voix est jeune, pas trop pêteuse, et il manie la langue de bois presqu'à la perfection ; je veux dire qu'il sait assez bien répondre à côté de votre question. Ceci dit, quelques-unes de ses déclarations me restent un peu en travers du conduit auditif :
-
la première question fut à propos du litige avec la Commission Européenne. Boustouller a alors répondu que trois choses comptent pour Microsoft, dans cet ordre:
- la satisfaction de l'usager
- le respect de la concurrence
- le respect des règlements
Il a immédiatement ajouté derrière qu'un élément encore plus important pour eux était le souci constant de l'innovation. Je ne peux que m'indigner face à de tels propos. Tout d'abord, je ne voie absolument pas en quoi la décision européenne bloque l'innovation technique. Deuxio, je suis vraiment scié de lire que Microsoft place le respect de la Loi seulement en troisième position. Quant au respect de la concurrence, on sait ce qu'il en est puisque la Commission attaque Microsoft justement pour abus de position dominante, donc pour usage de méthodes monopolistiques pour déstabiliser et finalement tuer sa concurrence. Depuis le procès Netscape-Microsoft, il me semble que l'on sait comment Microsoft respecte sa concurrence...
-
ensuite le journaliste a parlé du logiciel libre et a cité la Mairie de Paris qui a-failli-mais-finalement-non laisser tomber Microsoft pour le 100% libre. On parle d'une ristourne de 60% pour la Mairie pour conserver ce marché. Boustouller a fait des tonnes pour ne pas confirmer ce chiffre et a répondu que si Microsoft avait conservé la Mairie de Paris, c'était en raison de leur offre qui était la plus appropriée pour, je cite, répondre au besoin d'interopérabilité, fin de citation. Quelle vaste blague ! Microsoft est surtout intéropérable avec les virus et les trous de sécurité que Microsoft ne combat pas assez !!! Bâtir ses services sur base Microsoft, c'est la garantie de devoir rebooter ses machines toutes les nuits pour pallier la nullité du GC de Windows, et la garantie d'un TCO largement supérieur à celui des solutions libres, contrairement à ce que des "instituts indépendants" peuvent dire. Dans une autre vie professionnelle et dans mon équipe (LaurentP se reconnaîtra), on avait bâti un système de transfert de TRES gros fichiers par http avec un repository central et une péremption. Immensément utile aux chercheurs pour l'échange de données de calcul et aux sysadmin pour le transfert de boîtes aux lettres Notes (pour la petite histoire, Netscape avait un système équivalent appelé mammoth IIRC). On avait bâti ça sur une machine du marché tarif EDF à, je me rappelle précisément, 6400 Francs sous Linux. Jamais besoin de rebooter, ni de relancer. Fiabilité extrême, increvable et sûr. Sous Windows, cela aurait considérablement plus pénible et plus hasardeux. Il aurait fallu mettre en place un vrai support.
-
Pour finir, le lancement à Orsay d'un centre de recherches commun entre Microsoft et l'INRIA a été évoqué. Comme précédemment, Boustouller a refusé de confirmer le chiffre de 10 millions d'euros, il a décidément des pudeurs complètement ridicules. Il a ensuite précisé plusieurs fois que le résultat des recherches serait libre, à la fois sous forme de publications et sous formes de briques logicielles libres (je cite précisément ses propos ici). Comme peut faire dire tout et son contraire au mot libre, j'aimerais bien avoir de la part de Microsoft France des éclaircissements sur la license qui accompagnera ces logiciels et le copyright qui agrémentera les articles. Il reste que cette alliance me semble absolument contre-nature, et ne devoir son existence qu'à un nouveau grand marchandage entre la firme de l'homme le plus riche du monde, celui que l'on reçoit comme un Chef d'Etat, et un état dont les finances ne vont pas bien et qui ne peut facher Microsoft. Il y aurait un grand marchandage derrière tout cela que cela ne m'étonnerait pas du tout. Du genre, nous donnons du boulot à entre 30 et 60 de vos chercheurs et en échange vous vous taisez quand le sujet Microsoft sera évoqué au niveau européen. Surtout ne pensez pas que je délire... Je me souviens parfaitement d'un "si la part de marché d'IBM dans les administrations ne reprend pas un niveau plus favorable, nous allons devoir fermer l'usine de La Gaude". Ce type de tractation - je n'ai pas utilisé le mot chantage ah tiens si - est monnaie courante.
-
Une petite seconde d'évocation de la sortie de la nouvelle mouture de Mac OS X qui a donné l'occasion à Boustouller de réaffirmer à quel point la concurrence est bonne et stimulante. J'imagine l'arrière-pensée : "une bonne concurrence est une concurrence morte". Warf.
-
Dans la dernière seconde de son interview, et après avoir réussi à marteler six fois que la sécurité était importante pour Microsoft au point d'y injecter des millards de dollars - foutage de gueule majuscule puisque si la sécurité avait une préoccupation initiale, il n'y aurait pas besoin de tant d'investissements - il a glissé que Microsoft innovait avec, je cite, un nouveau format ouvert de documents. Il s'agit certainement du gros bruit que Microsoft fait de nouveau autour de XML et de son futur concurrent à PDF. Apparemment, MSFT a décidé de se payer entre autre Adobe (façon de parler hein, je veux bien dire que Microsoft veut faire du ball-trap avec le pigeon d'argile Adobe). Encore un superbe respect de la concurrence, et un futur nouveau monopole.
Décidément Microsoft souffre, au-delà de la qualité technique de ses produits, de deux maux récurrents : la qualité de sa communication tout d'abord, que je trouve personnellement tout à fait déficiente. Il n'y a pas que du mal ou de la merde chez Microsoft, mais ils ne peuvent s'empécher de communiquer d'une manière non-positiviste. En fait, l'attitude de Microsoft est principalement orientée vers la réponse aux attaques, au lieu de mettre en avant les vraies avancées techniques. Et oui, ne vous en déplaise, il y en a, et il y en a même beaucoup. Ensuite, de méthodes plus proches de la diplomatie de bas étage que de la pratique commerciale, encouragent ainsi les commentaires sur l'evil empire.
Je crois que je vais finir par me rallier à ceux qui demandent le démantelement de Microsoft et son éclatement en petites structures. Il y a décidément trop de potentiel monopolistique dans cette société-là.

Comments
Avant tout, je tiens à rappeler combien il est difficile de communiquer autour de MS. Tristan a tenté le coup sur son blog suite à une discussion que nous avions eu. Je lui rappelais quelques innovations du Web comme CSS, XML, la syndication ou Ajax qui sont le fait de MS en tout ou partie. D'ailleurs, Openweb a fait un article sur Ajax, petite entorse aux standards puique ce n'en ai pas un.
À moi que ce soit parce que MS a bien compris qu'il fallait tenir les postes clés pour détenir le pouvoir. Ce qui expliquerait le monopole d'IBM sur le matériel quelques années en arrière, quand tout le monde s'équipait.
Pour le reste, il est bon de rappeler que Microsoft est plus dangereux par ses propos ou ses positions que par ses produits. En ça, je te suis complètement. Depuis combien d'années le principe de vente forcée est-il maintenue par Microsoft en France? Je ne vois rien d'étonnant à ce que les lois ne soient pas une préoccupation pour eux.
En gros, la réponse signifie:
- maintenir l'usager dans l'ignorance (cf la sécurité ou l'interopérabilité);
- se méfier des concurrents que l'on n'a pas tué ou racheté (manger Adobe qui a mangé Macromédia pour tenir la chaine de production du Web par l'autre bout?);
- étouffer les politique que l'on n'a pas pu acheter ou faire chanter avec le chômage.
Comment ça, cynique?
Au fait, avez-vous remarqué que MS stimule le libre? Les trois plus gros projets libres sont Linux (OS majoritaire: MS Windows), OpenOffice.org (suite bureautique majoritaire: MS Office) et Mozilla (navigateur majoritaire: MS Internet Explorer). Alors, Bill Gates ne fait rien pour le libre?
A titre perso je lui décerne la palme du comique qui s'ignore de la semaine a ce cher Eric Boustouller, un vrai guignol !
J'ai manqué de m'étrangler avec mon chocolat quand il a dit parlé de diffusion d'informations de manière libre. Sait-il seulement ce qu'est REELEMENT ce qu'est le concept de LIBRE au sens de la FSF ? J'en doute...
Certainement dans un contexte très similaire au tien (dans ma voiture de St-Germain vers Paris), j'ai écouté l'interview de ce monsieur Microsoft.
Ce qui m'a partiellement choqué, c'est de remplacer à plusieurs reprises le mots "usager" ou "utilisateur" par "consommateur". Personnellement, lorsque je travaille sur mon ordinateur au bureau (parce qu'à la maison, je suis sous Debian), je ne me considère pas comme un consommateur. C'est peut-être de l'ordre du détail, mais ça m'a interpellé.
Bon, je retiens quand même que son refus de réponse à la question sur la ristourne pour la mairie de Paris a été clairement énoncé par l'interviewer, ainsi même le non "informaticien/geek/partisan des LL" pourra comprendre que le sujet est "sensible".
Bof, comme d'habitude quoi...
Cessez d'utiliser des produits microsoft si vous n'avez pas d'obligations professionelles, et puis tout finira par rentrer dans l'ordre
".... système de transfert de TRES gros fichiers .... Jamais besoin de rebooter, ni de relancer. Fiabilité extrême, increvable et sûr...."
Il tournait tout seul quoi, c'est pour dire que c'était robuste.
Pendant un temps, ils ont même perdu le serveur ... pas le service, juste la machine.
snif.