Je n'ai pas changé d'avis. Demain, je voterai non. Plusieurs choses me déplaisent franchement dans le fonctionnement actuel ou futur proposé de l'Europe, et je considère que l'on nous prend pour des cons, en des preneurs de vessies pour des lanternes.

  • plusieurs pays européens ont choisi la ratification du TCE par voie parlementaire car sûrs que le référendum aboutirait à un non. La Suède par exemple. J'appelle cela un déni de démocratie.
  • Giscard nous dit déjà (Le Monde de ce soir) qu'en cas de non, le même texte nous sera proposé une second fois. Simone Veil lui accorde qu'il s'agit bien de la procédure standard mais doute que cela soit possible. Dans les deux cas, je m'insurge - et je m'étais déjà insurgé qu'on le fasse au Danemark à propos de Maasticht - contre le fait qu'on ose reproposer au peuple un texte sur lequel il a dit "non". J'appelle cela encore un scandaleux déni de démocratie.
  • le "non" n'apportera pas de chaos, bien au contraire. L'Europe est là quoiqu'il arrive, et la plupart des dispositions du traité héritent de Maastricht et Nice de toute manière... Le "non" risque fort d'être entendu comme un appel à la remise sur des rails plus clairs et nets. J'appelle cela un exercice sain de la démocratie. Rappelez-vous le 11 mai 1981. Chûte instantanée de la Bourse, effondrement des valeurs, immigration de pas mal de gens, fuite de capitaux. Trois mois plus tard, retour intégral au calme, aux valeurs d'avant l'élection de Mitterrand. Les chars russes ne sont pas dans les rues et contrairement à ce que certains affirmaient (je l'ai entendu de mes propres oreilles), les communistes n'ont pas organisé la nationalisation et redistribution des appartements. Le TCE, ce sera pareil.
  • j'ai lu, comme pas mal d'autres, l'intégralité du texte du TCE. Avec un vocabulaire hérité de mon background en standardisation, voici ce que j'en pense : certaines sections sont totalement sous-spécificées, et le chaos qu'amènera leurs différentes interprétations m'effraie. Certaines sections sont sur-spécifiées, et le vérouillage "plus royaliste que le roi" qu'elles imposent m'effraie. Certaines définitions manquent, certaines sont doublées. Le texte est plus un patchwork qu'un traité constitutionnel, et je doute fortement de l'applicabilité de certaines de ses sections.
  • je n'ai toujours pas digéré le vote sur les brevets logiciels, pour lequel je n'ai reçu aucune réponse ni de Matignon ni de l'Elysée suite à mes courriers postaux. La France a bafoué ce jour-là sa propre parole, en jetant un voile pudique sur la catastrophe annoncée sur sa (très petite) industrie logicielle. J'appelle cela aussi un déni de démocratie.
  • ce gouvernement français n'est pas pro-européen et ne l'a véritablement jamais été, à part peut-être Barouin. L'UMP est fondamentalement très sceptique sur l'Europe, à juste titre d'ailleurs. Quand je dis "juste titre", je ne dis pas qu'ils ont raison d'être sceptiques, je dis juste que cela est parfaitement cohérent avec leurs engagements politiques passés et leur électorat.
  • l'euro a engendré une hausse des prix aujourd'hui niée. Tout un chacun peut constater l'inflation _majeure_ subie par le coût moyen du caddy depuis 2001, et vérifier que nos politiciens se payent notre fiole quand ils osent affirmer le contraire. Je ne suis pas loin de penser que les chiffres de l'inflation de la France sont totalement pipotés depuis 2002 pour faire entrer au forceps la France dans le carcan du cadre monétaire. Le TCE va amplifier cela, cela ne fait pas un pli. L'Europe monétaire est aujourd'hui construite sur des règles de convergence que la plupart des Etats ne peuvent respecter - soit pour des raisons structurelles soit à cause de leur incurie - et nous vivons largement au-dessus de nos moyens. Le cadre monétaire lui-même est largement obsolète, avec ses désormais nombreuses dérogations, les preuves que les données de la Grèce sont intégralement pipotées depuis au moins trois ans. Remise en cause perpétuelle par les gouvernements, absence de légitimité, inobservance des règles sont le lot commun de l'euro. Je n'appelle pas cela un franc succès, du point de vue d'une construction commune. C'est un succès pour les entreprises, un peu moins pour le peuple (surtout pour ceux qui ne voyagent jamais), mais c'est un ratage du point de vue de la stabilité financière et monétaire.

Demain, ainsi que je l'ai affirmé ici même lors du vote sur les brevets logiciels, et parce que je suis un européen convaincu, ce sera "non". Oui à l'Europe. Mais pas comme ça.

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