J'ai failli appeler cet article "whistleblowers", mais la connaissance de l'anglais étant ce qu'elle est en France, j'ai préféré passer à autre chose de plus parlant. Je viens d'entendre ce matin une interview fort intéressante qui m'a fait repenser à l'épisode d'hier. Jean-Paul Brighelli, professeur agrégé de lettres, était reçu à l'occasion de la sortie de son livre "La Fabrique du Crétin", une critique acérée de l'Ecole - et de l'Education Nationale - d'aujourd'hui. Il a, soit dit en passant, entièrement raison. Il faudra un jour dire les responsabilités de Jack Lang et de son 80% d'une classe d'âge au Bac.

Quel rapport me direz-vous ? Et bien, là où cela rejoint hier, c'est quand il a confié que l'Education Nationale lui met désormais des batons dans les roues pour avoir écrit et publié son livre. Cela me rappelle très exactement le livre de C. Maier "Bonjour Paresse". Tant que vous ne faites pas de bruit, vous êtes très bien. Si vous avez le malheur de dire que quelque chose déconne, vous êtes un élément indésirable, même si c'est pour faire avancer un schmillblick tellement sclérosé qu'il en est bloqué. Même pour aider le système, les mots forts sont interdits, au nom d'un politiquement correct tellement infiltré même dans la sphère individuelle qu'il touche même les blogs.

Moi, je suis haîneux, insultant, sans savoir-vivre. Je suis un ayatollah. D'aucun aurait dit un général aigri. J'écris des salmigondis incompréhensibles. Les seules phrases compréhensibles chez moi sont celles d'au plus cinq mots contenant "tripes". J'attaque ad hominem. Je ne sais pas communiquer proprement. Marrant, c'est exactement ce que j'ai entendu de la bouche de Plenel et Colombani quand Péan a sorti "La face cachée du Monde". Avant de croire qui que ce soit, je m'étais fait une idée en lisant moi-même le livre. Comme j'étais un lecteur quotidien du journal, je pense avoir eu les deux éclairages. Et bien, Le livre n'était en aucun point "haîneux" comme cela a été tant affirmé. Les attaques personnelles n'en étaient pas. La réponse minable de Colombani et Plenel était juste la méthode normale et usuelle dans ce pays pour faire face aux critiques profondes quand elles mettent en cause votre compétence, votre honnêteté intellectuelle, vos convictions.

La vérité, c'est que dans ce vieux pays jacobin, la vérité est interdite. Lisez des conneries monstrueuses dénuées de tout fondement sur le journal d'une personnel influente, et surtout oui ne dites pas que ce sont des conneries monstrueuses. Enveloppez, édulcorez, lissez. Ne montrez même pas point par point que tout est faux, c'est une attaque au-delà de l'acceptable. Comme je l'ai tant entendu à EDF comme Corinne Maier, évitez les vagues à tout prix ! Tout mot déplacé vous vaudra immédiatement les foudres des vrais censeurs de la pensée, les zélotes de l'ordre moral, ceux pour qui dire qu'un con est un con, un salopard est un salopard, est une énormité qui devrait être punie de banissement définitif.

Quand j'ai écrit hier mon article non pas sur Saint-Elie mais sur les propos de Saint-Elie, je m'étais fait le pari qu'il passerait mon blog aux validateurs XHTML et CSS et publierait le résultat. Je n'ai pas eu longtemps à attendre. Exactement comme à EDF, quand mon patron de l'époque m'avait sorti qu'il trouvait que mon nom donnait trop de résultats dans les moteurs de recherche (il y avait juste tout www-html, www-style, HTML4 et CSS2 copiés dans le monde entier avec mon nom...). Je lui avait répondu en lui offrant une bookmarklet pour son browser ouvrant directement le résultat des recherches sur mon nom. Comme ça, il pourrait tester d'heure en heure...

La Police de la Pensée n'est pas loin, avec des méthodes de salopard. Et je pèse parfaitement mes mots.

Dans la blogosphère française, c'est pareil. Ne faites pas de vague. Ne répondez pas pas à la nullité en disant que c'en est. N'utilisez jamais des propos orduriers comme "incompétence", "ignorance" ou même "bêtise". N'osez surtout pas dire "n'a rien compris". Evitez toute grossièreté. Je ne parle même pas de la vulgarité. Tiens d'ailleurs, je dis bite, comme ça, voila. Soyez soft, smooth, sans aspérité. Vos propos n'auront strictement aucun impact, et tout le monde sera content. Voila, c'est ça la blogosphère française, à de rares exceptions. J'ai un moment cru que la facilité de publication libèrerait les esprits ou en tous cas leur paroles. Je me suis bien trompé... Le nouveau medium n'a rien changé, et les moutons de Panurge sont restés des moutons de Panurge. Mediocritas, mediocritas.

Il y a heureusement des exceptions, mais la vaste majorité des blogs n'a, je l'ai déjà écrit, strictement aucun intérêt. Entre les recopies de liens à l'envi, les élucubrations matinales débiles et les propos nombrilesques, rares sont les opinions et les propos dignes d'intérêt. Les textes qui apportent quelque chose. Je ne prétend aucunement vous convaincre que j'en fais partie, je me fous de votre opinion en fait. J'écris pour moi, pour satisfaire mon plaisir de publier. Je publie, que cela soit dans la presse informatique ou ailleurs, depuis 1980. Et j'ai toujours aimé ça.

Parmi ces exceptions, il y a les geeks. Oui, n'en déplaise aux cons qui n'aiment pas les geeks. Les geeks au moins sont compétents dans leur domaine. Les geeks fiables reconnaissent rapidement les autres geeks fiables. La compétence, l'expertise et la confiance sont trois règles de vie de base du geek. Au contraire de mal d'autres dont Paul Festa et Luc Saint-Elie, le geek apprend avant d'écrire. Quant je dis "apprend", je veux bien entendu dire "apprend à utiliser" et pas "apprend à en parler".

C'est bien pour ça que les geeks sont plus marginaux que les autres - et perçus comme tels. La médiocrité est souvent difficilement supportable pour un geek. Le mensonge public est généralement une honte.

Geeks, je vous aime.