Pour ceux qui auraient raté la campagne de publicité du Figaro, le journal conservateur vient de complètement changer de formule. En gros, il fait précisément ce que les deux principaux journaux suédois ont fait il y a quelque temps déjà en terme de format, cahiers, présentation, etc. Mais pas seulement. Le Figaro se pose désormais clairement en "grand journal de référence" en tentant de mieux détacher les faits et les enquêtes d'une part des opinions d'autre part. En clair, permettre au lecteur de mieux identifier le subjectif de l'objectif (si tant est que cela soit possible) et donc lui permettre également, s'il est plutôt de gauche, de lire un journal de droite juste parce que c'est un journal de qualité en laissant tomber le choix politique de la rédaction.

Que l'on ne s'y trompe pas... Le fait que cette nouvelle formule arrive trente ans après la précédente et pile quand Serge Dassault acquiert le journal n'est pas un hasard. Dassault tente beaucoup moins de renflouer le journal et arrêter l'hémorragie du lectorat de presse écrite que de construire enfin le pendant conservateur du Monde des années 70-90. En effet, malgré que les parts de marché quotidienne des deux journaux soient du même ordre de magnitude, le Figaro n'a plus du tout ni l'aura du Monde, ni son influence, et depuis longtemps. L'Aurore ne brille plus... Le Figaro, c'est l'encre qui tache, le cahier éco saumon, les annonces immobilières et d'emploi, et le faire-part de décès de la Comtesse de Corvée de Chiottes Demain Matin.

Or le Monde est profondément catho de centre-gauche, ce qui reste à la limite de l'acceptable pour la droite conservatrice si on se cantonne au journalisme. Mais le Monde se targue également d'influencer la vie politique, et cela en fait une cible légitime. De toute manière, le Monde est désormais l'ombre de ce qu'il a été. Colombani en a fait une grosse turbine commerciale, mais ce n'est plus un grand journal. Quant à la référence, la Face Cachée du Monde a sérieusement écorné l'icône.

Bref, Dassault continue, après son père avant lui, d'être le soutien le plus fidèle de la droite conservatrice et de mettre sa fortune à son avantage et presque disposition. Il parait qu'au Sénat, Serge Dassault est un emmerdeur fini. Qu'il participe réellement, au risque de réveiller de leur torpeur quasi-permanente cette digne assemblée de papys (oui, je sais, il y a aussi quelques mamies et Charasse). Bon. Mais, là, avec le Figaro, Dassault est en train d'essayer de doter la droite d'un outil inestimable pour l'après-Chirac.

C'est bien joué, à la fois tactiquement et politiquement. Monsieur Dassault, vous avez du culot et de la statégie à long-terme.

Ah, au fait, il faut savoir que Marcel Dassault a arrosé autant le PC que la Chiraquie... Le PC lui avait sauvé la vie en déportation, lui le grand patron d'industrie juif qui faisait sauter le petit Jacques Chirac sur ses genoux (ce n'est pas une blague), même s'il n'avait réussi à empêcher que Mengele et ses sbires l'utilisent comme sujet d'expérimentations "médicales". Il fallait présever la capacité industrielle de la France pour l'après-guerre. Je ne peux pas imaginer que son fils ne reprenne pas à sa charge la dette d'honneur du père. Quel est donc le cadeau fait à la gauche ? Rotschild dans le capital de Libé ?