Il était une fois deux newsgroups intitulés fr.jobs.offres et fr.jobs.demandes. Oui, ils servaient normalement à la publication d'offres et de demandes d'emploi. Mais comme ils contenaient le mot "job", ils étaient spammés par les boîtes de recrutement US et UK à un point que cela était devenu inutilisable. Je vous parle bien entendu d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (on cherche rarement un boulot à 9 ans en France...), c'était en 1994. J'ai donc à cette époque suggéré que l'on renomme les groupes en fr.emplois.offres et fr.emplois.demandes. Et puis qu'on les modère, pour éviter les hors-sujet. Et puis comme personne ne voulait s'y coller, je suis devenu le premier modérateur et, c'est une de mes plus grandes fiertés personnelles, surtout l'artisan de leur réussite. Selon mes estimations de l'époque, cela a aidé 35000 (oui trente cinq mille personnes !) à trouver un job en 1999. Et derrière, deux gugusses tous seuls, Vincent Gillet et moi-même. J'ai longtemps rêvé non pas d'une dot-com (et toi combien ton burn-rate ?-), mais à ce qu'on aurait pu réussir si la personne de l'ANPE que j'avais rencontrée au Sénat ne m'avait pas prise pour un concurrent et ne m'avait pas ostensiblement tourné le dos quand j'essayais de lui proposer de donner fr.emplois à l'ANPE, l'imbécile heureuse... (je garantis l'authenticité de cet épisode, malheureusement)

Hier, on m'a posé une question simple : et comment pourrait-on tirer de cette expérience aujourd'hui ?

J'ai une réponse. Elle vaut ce qu'elle vaut, mais elle a le mérite d'être réalisable. Un des plus gros problèmes de l'ANPE est l'obsolescence - et même la disponibilité - des annonces. Quand elles sont affichées en agence, elles sont souvent déjà pourvues, ou annulées. Seule une infime partie des annonces arrivent jusqu'à l'ANPE. De nombreux patrons d'entreprise ou responsables RH vous diront qu'ils ne transmettent pas leurs offres à l'ANPE premièrement de peur de crouler sous le courrier, secondement par inadéquation des candidats à l'offre. C'est un cercle vicieux. Pas d'offres ou pas d'offres intéressantes, donc pas les bons candidats et trop de candidats, donc pas d'offres.

Il faut donc casser le cercle. C'est faisable. Aujourd'hui, toute embauche (j'insiste, toute embauche. Même la nounou de vos gosses.) est soumise à une DUA auprès de l'URSSAF. La fameuse Déclaration Unique d'Embauche. Elle ne sert à rien sinon aider l'URSSAF elle-même à ne pas oublier de vous réclamer vos cotisations... Bon, oui, ça doit aussi alimenter des stats sur l'emploi.

Mais on pourrait faire beaucoup mieux, la DUA devrait être décomposée en deux phases :

  1. première phase, avec un minimum de huit jours avant le dépôt de la seconde phase de la DUA, l'employeur potentiel doit déposer le texte de son offre d'emploi auprès de l'ANPE. Bien entendu, avec une incitation forte à la publication électronique. Bien entendu, comme dans fr.emplois.offres, on pourrait préserver l'anonymat de la société, pour des raisons de concurrence économique. Seules les mentions de base seraient obligatoires : lieu de travail, type de contrat, durée de contrat, intitulé de l'offre et description, date de début de contrat souhaité, coordonnées de contact. Tout le reste serait facultatif. Au dépôt de l'offre, l'ANPE retournerait un "numéro d'offre DUA", numéro unique.
  2. seconde phase, donc au moins huit jours après la première, la DUA telle qu'on la connait aujourd'hui. Son dépôt doit intervenir au moins huit jours avant le début du contrat. Cette nouvelle DUA devrait contenir obligatoirement le numéro unique d'offre DUA précédemment obtenu auprès de l'ANPE. Sans cette donnée, l'embauche serait illégale. Bien entendu, cette seconde phase n'est pas obligatoire ; on peut parfaitement déposer une offre mais ne pas concrétiser d'embauche...

Avec un tel système, on ne crée pas trop de complexité, on permet à l'ANPE de disposer de TOUTES les offres d'emploi du pays, on n'oblige pas les employeurs à se dévoiler s'ils ne le souhaitent pas, on ne leur interdit pas de recruter également par le biais d'un brain-hunter, mais on brise le cercle vicieux décrit plus haut.

Voila. Encore une fois, c'est faisable, et assez aisément. C'était notre minute utopique "mais si, on peut faire des choses sans avoir besoin de milliards d'euros", vous pouvez reprendre la lecture du blog de votre député.