Le CPE a du plomb dans l'aile. Et c'est normal... C'est un projet mal ficelé, mal préparé, non négocié par un Premier Ministre "droit dans ses bottes" et prenant tous ses interlocuteurs, du djeunz au Parlementaire en passant par le syndicaliste, pour des "connards" (ce mot est une citation de Villepin, d'après le Canard Enchaîné).

Et pourtant, il y a clairement du bon (dubonnet) dans le CPE:

  1. il est indubitable qu'il est difficile de licencier et que cela constitue, avec le coût des charges patronales, le principal frein à l'embauche
  2. il me semble évident qu'un employeur peut avoir besoin de se séparer de quelqu'un sans devoir entrer dans une procédure extrêmement lourde de justifications. La France n'en est pas encore à l'état de la Suède, où licencier quelqu'un est quasiment impossible, mais on a quand même un droit du travail extrêmement protecteur, peut-être  trop.
  3. il me semble parfaitement normal qu'en contrepartie de cette épée de Damoclès perchée au-dessus de sa tête, l'employé en CPE bénéficie d'une conséquente indemnité de rupture de contrat et autres avantages.

Sur tout cela, je pense qu'un accord est possible. Mais le vrai problème, ce sont les abus. Comment éliminer les licenciements clairement abusifs si l'entreprise n'a pas à se justifier du tout ? Comment éviter qu'un gars se fasse licencier sans motif à donner parce qu'il a osé réclamer le payement de ses heures supplémentaires ? Comment éviter tout simplement le retour à une certaine forme d'esclavage ? "tu n'as pas le choix, tu fais ça où je te vire".

Là, il manque clairement un pan "contrôle" au projet CPE. Il aurait fallu que le CPE soit assorti d'une procédure de traitement très accéléré des plaintes en Prud'Hommes en cas de rupture d'un CPE. Si toute plainte dans le cadre d'un CPE était garantie de traitement ET décision par exemple dans la semaine, et cas échéant d'appel dans le mois, l'épée de Damoclès ne serait pas portée que par l'employé, mais par l'employeur également. Il faudrait bien entendu également une procédure de saisine simplifiée et assistée. Le trouillomètre est, on l'a parfaitement vu avec les radars Sarkozy, la seule manière de limiter les infractions et je pense que le trouillomètre équilibrerait suffisemment le CPE pour le rendre acceptable.

Bref, la mise en place d'un contrat à procédure de licenciement simplifiée ne peut avoir lieu qu'en conjonction avec une réforme drastique du fonctionnement, de l'efficacité et des délais de traitement des tribunaux prud'hommaux.