Si vous dirigez une entreprise ou envisagez de le faire, ou bossez aux RH, ou avez des recrutements à faire, je vous recommande FORTEMENT de lire ce qui suit, c'est une bombe.

Il y a quelque temps, je titrais "CNE, piège à cons". Depuis ce jour, une bonne demi-douzaine de journalistes m'a contacté par mail ou téléphone à cause de cet article. Aujourd'hui, je vais vous parler d'un autre piège à cons, une seconde raffarinade de mauvais aloi, une cochonnerie que le gouvernement précédant la catastrophe villepinienne actuelle a passé au nez et à la barbe de tous.

Cette saloperie s'appelle le DIF, Droit Individuel à la Formation. Tout part d'une excellente idée de base : tout salarié doit avoir le droit pendant ses années d'activité à un nombre d'heures légal de formation, que le patron soit d'accord ou pas, pour soit s'améliorer soit pouvoir se réorienter. Je ne peux être que d'accord.

Là où cela commence tout de même à déconner, c'est que toutes les entreprises cotisent déjà plusieurs fois pour plein de trucs liés à la formation professionnelle et qu'il a fallu un nouveau machin encore en plus.

Mais je viens de découvrir le délire, après un déjeuner au soleil avec nos meilleurs amis ici à Saint-Germain. Lui dirige une PME industrielle, et il vient de m'apprendre le dernier item en gras de la liste ci-dessous... Les principales dispositions du DIF:

  • 20 heures de DIF par an de travail à temps plein, capitalisable sur 6 ans maximum, depuis le 7 mai 2004 (IIRC) date de la prise d'effet de la Loi sur la question
  • c'est à l'employeur de payer la formation
  • si la formation a lieu en dehors des heures de travail, l'employeur doit verser - en plus du coût de la formation - à l'employé une indemnité (n'induisant pas de charges sociales/patronales) correspondant à 50% du salaire !!!
  • si l'employeur refuse un certain nombre de fois une formation, quelque soit la raison, l'employé peut alors se tourner vers un organisme indépendant fixé par la loi qui prend tout en charge et adresse alors la facture à l'employeur, sans aucune négociation possible même sur le sujet de la formation !
  • mais le pire, la cerise pourrie sur le gateau, c'est que le DIF est capitalisable d'un emploi à l'autre... Je m'explique : imaginez un gars qui bosse cinq ans pour une boîte, la quitte sans avoir exercé son DIF et est illico réembauché par une seconde boîte ; et bien cette dernière lui doit un DIF de 100 heures alors qu'il vient juste de débarquer dans l'entreprise !!! Encore mieux : le montant global de DIF du aux employés est bien entendu inscrit au bilan ! Donc embaucher des employés à DIF non nul plombe le bilan puisqu'il induit des charges à venir à comptabiliser !!! Quel scandale, quelle honte !

Je peux d'ores et déjà vous annoncer que tout candidat à l'embauche qui se présentera chez Disruptive Innovations avec un DIF non nul sera recalé. Il est hors de question que je paye pour une autre entreprise tout de même. Sur un plan plus national, je crois que de nombreux employeurs vont faire comme moi, et je pense que cette saloperie de DIF, sur laquelle on n'a pas beaucoup de publicité, va POURRIR la vie non seulement aux entreprises mais aussi aux candidats à l'embauche. On va désormais éplucher le bilan DIF de tous les candidats et recaler ceux qui n'ont pas un DIF nul alors que la plupart ignoreront de quoi il s'agit.

Jean-Pierre Raffarin, vous êtes un salopard, et cette loi est non seulement une saloperie, mais un beau piège à cons. Et je ne sais pas pour les autres, mais moi je déteste être pris pour un con à ce point-là.

Question pour Maître Eolas qui j'en suis sûr ne manquera pas cet article : quelle serait la valeur d'une lettre signée par l'employé rejoignant une entreprise dans laquelle il demanderait la remise à zéro de son compteur DIF en abandonnant tout droit ouvert antérieur ?