Un blog peut-il être un moyen d'expression politique officiel ?

La réponse est claire et nette : sans aucun doute. Les systèmes politiques occidentaux sous-entendent une adhésion du peuple au moins à la personne du décideur, au mieux à ses idées. Il est donc absolument nécessaire de communiquer en direction du peuple, et de laisser au peuple croire qu'il peut communiquer en direction des élus. Il le peut d'ailleurs, mais sa communication passe beaucoup plus quand elle est négative par des formes d'action moins verbales comme le vote, la grève, la manifestation, voire la révolte, et quand elle positive la consommation et parfois le vote également.

Un blog peut-il être le fait d'un Parti ?

Oh il peut, mais je doute très fort qu'il soit agréablement perçu... L'Internet et le Web étant ce qu'ils sont, la communication a tendance à être perçue comme interpersonnelle par les internautes, et je pense qu'un blog collaboratif sur des sujets aussi sérieux - et parfois pénibles - que la politique de la France rendrait le tout insipide et distant, ce qu'il faut à tout prix éviter.

Quels sont les dangers principaux pour un blog politique ?

Il y en a un seul : oublier qu'il s'agit d'un blog, c'est-à-dire selon ma propre définition, " un journal intime pas intime ". Un tel oubli aurait pour conséquences immédiates (la ressemblance avec des blogs réels de personnalités politiques de premier plan n'est pas fortuite):

  • dévier vers la communication quasi-institutionnelle et la publication de communiqués de presse,
  • fermer les commentaires ou ne plus répondre aux commentaires des visiteurs, ou encore faire répondre par son équipe, ses conseillers (on objectera sans aucun doute que j'ai moi-même souvent fermé les commentaires... Certes, moi, mais je ne cherche aucune représentativité locale ou nationale !!!),
  • écrire comme on écrit un discours politique pour une tribune au lieu de laisser un peu ses tripes s'exprimer.

Comment lancer un blog quand on est un politicien(ne) ?

Tout d'abord, et c'est un préalable obligatoire, il faut savoir dans quoi on se lance et éviter de "faire un blog" parce que c'est l'air du temps. Le blog doit être une partie intégrante de la communication, et doit donc être apprécié comme tel. Cela signifie une allocation minimale de ressources et de temps.

Il faut ensuite un projet de communication. Quelle est la cible ? Quel est le sujet ? Quelle est l'approche ? Rien de très nouveau ici, le ou la politicien(ne) pourra lacher sa petite armée de conseillers là-dessus. Mais le projet doit être également un projet PERSONNEL. Il faut donc que l'on sente clairement que Monsieur Machin ou Madame Truc est bien l'animateur(-trice) de sa communication, et même au-delà de l'animation l'inspirateur(-trice) non seulement du fond MAIS AUSSI DE LA FORME.

D'un point de vue technique, un blog politique fera extrêmement attention aux points suivants :

  1. l'adresse du site... Elle doit être mnémotechnique, représenter l'auteur du blog sans doute possible et éviter de faire de la publicité. En ce sens, je pense qu'un hébergement sur une plate-forme de blogs de type blogger, typepad ou autre, qui impose son nom à l'URL du blog, est à proscrire à tout prix.
  2. le moteur de blog utilisé... Soyons clair, Dotclear est un produit français, innovant, moderne, high-tech.  Un politicien français se doit d'utiliser Dotclear.
  3. la qualité du code des pages du blog... Certes, certes, cela fera un plaisir intense au gagas de la technologie et aux fous de la standardisation, mais surtout cela permettra une meilleure indexation des contenus, une meilleure indépendance des contenus au navigateur Internet utilisé, et enfin une bien plus grande maintenabilité et évolutivité générales du blog.
  4. le style du blog et son accessibilité... Un(e) politicien(ne) aura à coeur de ne faire aucun choix technique ou stylistique gênant pour tout ou partie d'une catégorie de lecteurs. Pensez aux daltoniens, aux mal-voyants. La charte graphique du site devra être suffisemment simple pour permettre un accès rapide à l'information, essence même du blog, sans pour autant interdire des digressions dans l'environnement proche de l'auteur.
  5. dans le cas d'une personnalité politique de premier plan et si le succès vient vraiment, le blog génèrera un trafic énorme, et il est donc absolument nécessaire de prévoir un hébergement technique en rapport avec la cible en termes de nombre de visites quotidiennes, le nombre de commentaires laissés par jour et aussi la consommation CPU générée par le moteur de blog. Rien ne ferait plus "petit-joueur" qu'un blog temporairement fermé pour cause de sous-estimation de sa plate-forme technique !
Sur le rédactionnel, les points suivants seront essentiels :
  1. la lisibilité est un élément majeur, dois-je vraiment expliquer pourquoi ? On aura soin d'utiliser toutes les possibilités de formatage de contenu offertes par HTML pour présenter correctement son information. On n'oubliera pas d'écrire en bon français, sans faute d'orthographe ni de grammaire. On fera attention à la ponctuation, dont l'inexactitude peut changer le sens d'un texte, et on s'interdira absolument d'oublier les accents.
  2. on n'oubliera pas non plus qu'un blog est un site Web, et les citations ou rappels devront être accompagnées de liens hypertexte vers leur source.
  3. un blog politique de premier plan suscitera immanquablement une attente de réponse des Internautes laissant des commentaires d'une part, et une mise à jour régulière d'autre part. L'auteur devra donc impérativement s'astreindre à accorder à son blog un temps bloqué disons tous les trois ou quatre jours pour non seulement poster de nouveaux articles, mais également répondre à des commentaires bien choisis. L'auteur rendra ses lecteurs et commentateurs très satisfaits si de temps à autre il extrait des commentaires sur ses articles précédents un thème de fond qu'il traitera dans un nouvel article.
  4. le style devra être vraiment personnel sans quoi la faillite du blog sera immédiate. Il est donc hors de question que le blog soit - au moins dans les premiers temps - alimenté par les conseillers de l'auteur et non par l'auteur lui-même ou elle-même ; cela se verrait instantanément, et la sanction ne tarderait pas. L'humour, les coups de gueule, les critiques acerbes, bref tout ce qui est en général éliminé dans un discours politiquement correct a droit de citer dans un blog politique, ou en tout cas y sera plus aisément toléré. Leur présence affrmera la personnalité du blog et de son auteur, en augmentant la sensation de proximité et ou de connivence avec le lecteur.
  5. la modération des commentaires me semble impérative. Il me semble également qu'elle ne doit pas s'exercer a priori pour que tout commentateur puisse voir en direct son commentaire apparaître sur le blog. Une modération a posteriori pour filtrer les insultes, propos haîneux et ou illégaux, me semble au contraire tout à fait adaptée et tolérable.
  6. on évitera comme la peste le syndrome "ma binette partout" et on n'utilisera l'inclusion de photographies qu'avec parcimonie. A contrario, l'usage de graphiques me semble tout à faitr souhaitable s'ils éclairent le propos.
  7. je pense qu'il ne faut pas abuser des questions ouvertes du type "Bla-bla-bla, qu'en pensez-vous ?" et préférer autant que faire ce peut des articles de fond, argumentés et détaillés même s'ils sont courts, présentant l'opinion de l'auteur... Les visiteurs souhaitent lire et réagir aux idées de l'auteur du blog, sinon ils commencent eux-mêmes un blog...
  8. enfin, on fera très attention à ne pas oublier les "early adopters" que sont les informaticiens et autres fous des ordinateurs en postant de temps à autre un article qui leur est spécialement dédié; par exemple sur les DRM, DADVSI, les brevets logiciels, les logiciels libres dans l'administration, etc... Cela augmentera à coup sûr le "buzz" et donnera rapidement et à peu de frais une visibilité de taille au blog.