Le Web 2.0, c'est une évidence pour moi, est surtout un terme marketing. De ce point de vue, il a d'ailleurs donné entière satisfaction... Plus techniquement parlant, le Web 2.0 peut se résumer à des services de meilleure qualité, plus pensés, plus architecturés et surtout plus beaux, au-dessus de technologies déjà existantes. Quand je dis "plus beaux", il y sans aucun doute irruption des designers du monde Macintosh dans le Web. Styles arrondis, couleurs douces, le Web 2.0 ressemble beaucoup à une publicité pour iPod ou au site d'Apple.

HTML, CSS, JavaScript, XMLHttpRequest, Flash. Il n'y a rien de nouveau techniquement dans le Web 2.0... Tout est là, inchangé ou presque, depuis des années. Ah oui, c'est vrai, il y a les fils RSS ou Atom. Certains les considèrent comme la nouvelle panacée universelle, qui guérit les écrouelles des informaticiens et sauve les bébés des griffes de Microsoft. Bon, soyons clairs, c'est une liste de liens avec un résumé et une date chacun. Wow, quelle innovation.

Mais revenons au Web 2.0 une seconde et demandons-nous ce que ça change. Parce qu'après tout, si c'est tellement nouveau et innovant, ça doit changer les choses, non ? Je vois trois impacts :

Le premier est très négatif, c'est la montée en puissance d'une nouvelle bulle. Le web-deux-point-zero a effacé des mémoires la catastrophe-un-point-zéro. Les millions d'euros ou de dollars sont de nouveau disponibles, mais les business models vaporeux sont de retour également. Netvibes, Youtube ou même Flock. Certes, on ne fait plus dans le style alidoo.com dont le modèle se résumait à "on fait comme pet.com" pour livrer trente francs de canigou à domicile en 30 minutes sur Paris. Certes également, on ne verra probablement plus de petits porteurs hypothèquer leur appartement pour tenter un effet de levier sur les actions d'une startup incapable. Mais la tendance est là, et investisseurs et goinfres se bousculent déjà au portillon.

Le second impact - technique - est un peu négatif mais n'est pas trop grave : les sites usant et abusant d'Ajax ne sont pas indexables puisque les moteurs de recherche n'exécutent pas le JavaScript des pages ! De plus, l'accessibilité de JavaScript est connue pour être très moyenne. Idem, on ne peut pas utiliser la touche "Back" de son navigateur quand le chargement des données est pris en charge par Ajax au lieu de laisser faire le navigateur... Bon, en fait, on est revenus dix ans en arrière mais ne le répêtez pas, on ne vous croira pas :-)

Le troisième impact est heureusement positif. L'arrivée de sites optimisés, plus beaux, plus simples a ouvert les portes de nouveaux services à Monsieur Toutlemonde. Conjuguons cela avec l'arrivée simultanée et massive du Wifi, des tuyaux transatlantiques de plus en plus énormes, et on a le sentiment que l'on commence enfin à sentir ce que pourrait signifier le célèbre motto "Everyone, everywhere, connected". Everyone en Occident, bien entendu...

Un effet de bord important pourrait être un repositionnement stratégique des standards du Web dans un proche avenir. Alors que le W3C nous prépare un XHTML2 de rupture avec le Web actuel, l'énorme succès des solutions HTML/CSS/Ajax pourrait donner beaucoup de fil à retordre à XHTML2 et ses comparses. En effet, les gros sites qui auront investi des fortunes en développement seront probablement beaucoup plus enclins à voir évoluer HTML4 à la manière douce qu'à accepter un XHTML2 incompatible avec l'existant.

L'un dans l'autre, "Web 2.0" me fait plutôt sourire, mais sourire jaune. Je vois au quotidien d'une part les prémices des délires de 1999, et d'autre part un buzz-word dont nombreux journalistes se contentent sans pousser leur recherche plus loin. Il faut être "web 2.0" comme tout éditeur de logiciel est toujours un "leading provider" de quelque chose.

Je grenouille dans la standardisation du Web depuis ses plus jeunes années, et pour moi, "Web 2.0" n'est qu'un vaste gag, désolé... Le vrai Web 2.0 sera là quand on aura un successeur digne de ce nom à HTML4, offrant des mécanismes d'extension similaires à XBL et avec des formulaires améliorés. Et pas avant.