Web Bubble 2.0
By glazou on Friday 25 August 2006, 10:56 - General - Permalink
Je viens de répondre à une demande d'interview de la part du journal Programmez sur ce que je pense du "Web 2.0" et cela pourrait très certainement intéresser les lecteurs du Glazblog.
Le Web 2.0, c'est une évidence pour moi, est surtout un terme marketing. De ce point de vue, il a d'ailleurs donné entière satisfaction... Plus techniquement parlant, le Web 2.0 peut se résumer à des services de meilleure qualité, plus pensés, plus architecturés et surtout plus beaux, au-dessus de technologies déjà existantes. Quand je dis "plus beaux", il y sans aucun doute irruption des designers du monde Macintosh dans le Web. Styles arrondis, couleurs douces, le Web 2.0 ressemble beaucoup à une publicité pour iPod ou au site d'Apple.
HTML, CSS, JavaScript, XMLHttpRequest, Flash. Il n'y a rien de nouveau techniquement dans le Web 2.0... Tout est là, inchangé ou presque, depuis des années. Ah oui, c'est vrai, il y a les fils RSS ou Atom. Certains les considèrent comme la nouvelle panacée universelle, qui guérit les écrouelles des informaticiens et sauve les bébés des griffes de Microsoft. Bon, soyons clairs, c'est une liste de liens avec un résumé et une date chacun. Wow, quelle innovation.
Mais revenons au Web 2.0 une seconde et demandons-nous ce que ça change. Parce qu'après tout, si c'est tellement nouveau et innovant, ça doit changer les choses, non ? Je vois trois impacts :
Le premier est très négatif, c'est la montée en puissance d'une nouvelle bulle. Le web-deux-point-zero a effacé des mémoires la catastrophe-un-point-zéro. Les millions d'euros ou de dollars sont de nouveau disponibles, mais les business models vaporeux sont de retour également. Netvibes, Youtube ou même Flock. Certes, on ne fait plus dans le style alidoo.com dont le modèle se résumait à "on fait comme pet.com" pour livrer trente francs de canigou à domicile en 30 minutes sur Paris. Certes également, on ne verra probablement plus de petits porteurs hypothèquer leur appartement pour tenter un effet de levier sur les actions d'une startup incapable. Mais la tendance est là, et investisseurs et goinfres se bousculent déjà au portillon.
Le second impact - technique - est un peu négatif mais n'est pas trop grave : les sites usant et abusant d'Ajax ne sont pas indexables puisque les moteurs de recherche n'exécutent pas le JavaScript des pages ! De plus, l'accessibilité de JavaScript est connue pour être très moyenne. Idem, on ne peut pas utiliser la touche "Back" de son navigateur quand le chargement des données est pris en charge par Ajax au lieu de laisser faire le navigateur... Bon, en fait, on est revenus dix ans en arrière mais ne le répêtez pas, on ne vous croira pas 
Le troisième impact est heureusement positif. L'arrivée de sites optimisés, plus beaux, plus simples a ouvert les portes de nouveaux services à Monsieur Toutlemonde. Conjuguons cela avec l'arrivée simultanée et massive du Wifi, des tuyaux transatlantiques de plus en plus énormes, et on a le sentiment que l'on commence enfin à sentir ce que pourrait signifier le célèbre motto "Everyone, everywhere, connected". Everyone en Occident, bien entendu...
Un effet de bord important pourrait être un repositionnement stratégique des standards du Web dans un proche avenir. Alors que le W3C nous prépare un XHTML2 de rupture avec le Web actuel, l'énorme succès des solutions HTML/CSS/Ajax pourrait donner beaucoup de fil à retordre à XHTML2 et ses comparses. En effet, les gros sites qui auront investi des fortunes en développement seront probablement beaucoup plus enclins à voir évoluer HTML4 à la manière douce qu'à accepter un XHTML2 incompatible avec l'existant.
L'un dans l'autre, "Web 2.0" me fait plutôt sourire, mais sourire jaune. Je vois au quotidien d'une part les prémices des délires de 1999, et d'autre part un buzz-word dont nombreux journalistes se contentent sans pousser leur recherche plus loin. Il faut être "web 2.0" comme tout éditeur de logiciel est toujours un "leading provider" de quelque chose.
Je grenouille dans la standardisation du Web depuis ses plus jeunes années, et pour moi, "Web 2.0" n'est qu'un vaste gag, désolé... Le vrai Web 2.0 sera là quand on aura un successeur digne de ce nom à HTML4, offrant des mécanismes d'extension similaires à XBL et avec des formulaires améliorés. Et pas avant.

Comments
Ouah, enfin quelqu'un qui crache le morceau. Si nitot et autres le disaient du bout des lèvres, Glazman l'explique et plutot bien.
Bonjour. Je vous lis régulièrement et vous répétez souvent quelque chose dans les lignes de "les gros sites qui auront investi des fortunes en développement seront probablement beaucoup plus enclins à voir évoluer HTML4 à la manière douce qu'à accepter un XHTML2 incompatible avec l'existant." ainsi que votre conclusion "Le vrai Web 2.0 sera là quand on aura un successeur digne de ce nom à HTML4, offrant des mécanismes d'extension similaires à XBL et avec des formulaires améliorés. Et pas avant.".
L'un n'est-il pas contradictoire avec l'autre ? Dans le sens où passer à XBL, je parle bien pour le côté application web et non un site juste pour distribuer du contenu, c'est un investissement du même ordre de grandeur que le passage vers XHTML2 ? De même on a pu voir que les grands sites sont tous passés ou presque vers du design CSS avec une séparation contenu/présentation. Cela veut donc dire que le passage vers un XHTML2 ne sera pas si difficile. Si le problème est en fait le support de XHTML2 dans les navigateur, XBL va poser le même problème, non ? On peut avoir facilement une partie du site en XHTML 1/HTML 4 et certains bouts en XHTML2/XBL, non ?
Je comprends les problèmes de communication dans le développement d'XHTML2, mais j'ai l'impression que beaucoup des critiques faites au niveau des conséquences techniques pourraient aussi bien l'être pour une évolution d'HTML 4.
Merci pour votre éclairage si vous pensez que ces questions sont valides.
>Si le problème est en fait le support de XHTML2 dans les navigateur, XBL va poser le même problème, non ?

Oui et non. Si XBL est implémenté, tout sera possible à l'auteur : il pourra dans sa page implementer des langages non pris en charge par le navigateur. XForms par exemple, ou encore... XHTML2
En fait, XBL est LA technologie qui permet réèllement que le "web atteigne son potentiel maximum". Il éclate la plupart des barrières qu'ont les développeurs actuellement avec les trucs en ajax, formulaires &co. Les développeurs n'auraient pas à attendre que la boite qui fait son navigateur préféré implémente tel ou tel langage. Ils pourront le faire eux même (ou utiliser les xbl fait par d'autres).
Mozilla Firefox intégre depuis des années la version 1.0 de XBL. La version 2 est actuellement en Working Draft au W3C, et devrait donc sortir en recommandation dans les mois à venir...
J'ai toutefois oublié de dire qu'une seule limitation ne sera pas contournable : l'implémentation de CSS (trop lié au moteur de rendu). Si elle est trop imparfaite ou pas assez évolué, cela peut limiter une implémentation correcte d'un langage xml via XBL (genre les pseudo-classes CSS spécifiques à xforms..). Mais XBL est déjà un grand pas.
En effet je commence à revoir avec effroi des problèmes liés au fonctionnement du bouton Précédent dans des sites "entièrement construits en Ajax" (sic).
Je ne sais pas si on est revenu en arrière de 10 ans mais il y a 7 ans Jakob Nielsen mettait ce problème en tête des erreurs commises sur le web (www.useit.com/alertbox/99...
Depuis cette préoccupation avait quitté le top 10.
Je me pose la question du web3.0.
A la fois on pourrait se dire «une nouvelle bulle internet» (et de 3) ?
Quand on sait, et Daniel le met en évidence, que l'aspect "Sandard" est une obligation de l'internet pour porter au long terme alors où va le web2.0?
Peut être que le web2.0 ne va pas faire long-feu.
A ce rythme, quelle est la durée de vie d'une application dite innovante?
L'important n'est pas le web2.0,
l'important c'est d'innover!
Si Google reste à ces misérable adword alors ils va se faire dépasser et, comme la planete Pluton, se faire déclasser au rang d'astre simple.
Une précision importante toutefois... Le Web 2.0, c'est Ajax d'un coté, mais c'est aussi (et c'est loin d'être négligeable) la notion de "Read/Write Web". C'est la participation des internautes via des systèmes comme les blogs, les wikis, voire YouTube. A ce titre là, Slashdot était déjà 2.0 avant la lettre.
Daniel a raison de souligner que XML, CSS, XMLHttpRequest, le DOM et JavaScript ne sont pas récents. Mais de même, RSS est tout sauf neuf : j'ai le souvenir très distinct d'en avoir fait une démo lors du lancement de my.netscape.com, en 1999 (voire 98, il faut que je vérifie) et d'avoir alors lu le brouillon de Spec (hébergée alors chez Netscape et dont l'auteur, si ma mémoire est bonne, était Ramanathan Guha, un ancien d'Apple).
Bref, la participation des internautes, c'est formidable, mais c'est surtout conforme à la vision initiale de Tim Berners-Lee, dont le navigateur était aussi un éditeur ! Bref, le Web 2.0, c'est le Web 1.0 devenu réalité.
> Bon, soyons clairs, c'est une liste de liens avec un résumé et une date chacun. Wow, quelle innovation.
Même Atom Publisher Protocol (APP)?
Google et ses APIs (maps, AdWords, geo, search, calendar, checkout, ...), c'est du Web 2.0.
Le pb en France, c'est que les APIs j'en vois pas beaucoup...
Comme pas mal de monde je regarde avec des sentiments partagés le web 2.0 (que d'aucuns déclinent en 2.0.1, 2.1 etc...)
D'abord, quand même avec joie: de nouveau de l'innovation, de l'emportement, du romantisme, de la dépense! (cf. www.fnac.com/Shelf/articl... )
Puis de la rigolade. C'est vrai que techniquement rien de nouveau sous le soleil.
Puis un regard intrigué: avec un outil déjà connu (javascript+css+(x)html), on a réussi à faire quelque chose de nouveau (le read/write web dont parle Tristan N.). Parce qu'on a pris l'outil de manière différente. ce qui montre la richesse et la souplesse de la toile!
Puis avec un regard mi-effrayé, mi-énervé. Parce qu'on est en train d'ajaxifier une somme incroyable de sites, et pas toujours de la plus belles des manières. par exemple, j'ai utilisé la nouvelle interface web de yahoo avec un accès lent: c'est pas supportable comme l'interface ne réagit pas, c'est pourri. Parce que mal codé? Oui, mais pas seulement.
Et puis maintenir du web 2.0... Un gars d'une startUp web 2.0, après la mise en ligne de son site, disait : "Il y a une place très particulière au Paradis pour les gens qui déboguent le javascrit".
Bref, on en arrive tous à la conclusion que plus vite on sera sorti du standard html, mieux on se portera. Comment faire pour pousser dans ce sens?
Au fait, en passant, j'ai lu que Google avait changé son moteur d'indexation et qu'il utilisait maintenant un moteur dérivé de Mozilla et qui a l'avantage de cliquer sur tous les liens, et de récipérer la page comme si elle était vue sur une interface web. Donc, plus de problème d'indexation (dommage, un argument fort qui tomberait...)- reste le vrai problème de l'accessibilité. Est-ce que j'ai mal compris? Ou est-ce un projet encore non abouti?
Et pour compléter ce tableau de prospective, un petit article intéressant sur un autre aspect de tout: The Internet is broken.
www.technologyreview.com/...
L'auteur met en avant les problèmes d'architecture du web. Notamment pour ce qui est de la sécurité, de la mobilité, de la détection des pannes et du routage.
Il a raison, ils ont raison, sur bien des points, mais le web a besoin d'être simple, pour être souple. Il faut trouver je crois toujours les solutions les plus simples les plus ouvertes, qui ouvrent sur le plus d'innovations possibles.
www.technologyreview.com/...
Daniel, une remarque de français, cela fait 2 fois que je lis sous ta plume le pléonasme "panacée universelle". La "panacée" est déjà universelle, par définition, cf Wikipedia fr.wikipedia.org/wiki/Pan... .