Cette allée ne fait pas plus de cinquante mètres de long. Je suis seul à un bout, je viens de laisser Gabriel à l'entrée de son école internationale et je repars. L'allée est vide un très court instant, puis entre à son autre extrêmité une femme de 48-50 ans. Même vue de loin, on se rend immédiatement compte qu'elle a du être superbe, qu'elle est encore très belle. Anglaise, c'est évident. Elle me voit de loin et baisse les yeux instantanément, continue à marcher en regardant ses pieds, les plantes sur le côté, le gravier, tout ça... C'est tellement différent de son regard à hauteur d'homme des secondes précédentes que je ne peux que penser qu'elle fait exprès parce que je suis en face. Attention, je ne la bouffe pas des yeux du tout, en fait, je m'en fous complètement. J'ai constaté sa présence, point, et je me magne de retourner à ma voiture avant le gigantesque embouteillage chaque vendredi matin à cet endroit. On se croise au milieu de l'allée et pile à ce moment-là, elle relève la tête dans un mouvement circulaire impossible à improviser, et me plante ses yeux dans les miens, un léger sourire de connivence sur ses lèvres entr'ouvertes. Une bouffeuse d'hommes, quoi. A la plus grande surprise de la femme en question, j'éclate de rire et continue bien entendu mon chemin.

Y'a des petits matins comme ça, on trouve les gens prévisibles...