Je suis en général plutôt enclin à voter à gauche. Pour plein de raisons bien réelles que je n'ai pas envie de détailler maintenant. Mais pas toujours enclin, seulement plutôt enclin. Quand la personne est aussi ou plus importante que le programme, je fais nettement plus attention à qui j'accorde mon suffrage. Je n'ai clairement pas suivi le PS sur le traité constitutionnel, et comme je l'ai déjà dit ici, j'avais de nombreuses raisons très profondes pour cela. J'ai déjà voté à droite, et j'ai eu plus d'une fois la tentation de voter blanc ou ne pas voter. En fait, je ne suis pas classable à gauche, je suis tout simplement uniquement sensible au programme, au candidat. Intéressez-moi, prouvez-moi votre compétence et votre bonne foi et vous aurez mon vote. Point.

Le PS s'est donc donné une candidate, qui a écrasé ses deux challengers, comme prévu. Blague à part, si je suis déçu du score trop faible de DSK qui aurait mérité même dans la défaite un rapport de force un peu favorable avec Royal, je suis bien content pour Fabius, le seul prolo de la Place du Panthéon. Je me tamponne que le(la) choisi(e) soit une femme comme de ma première chaussette. Le seul problème, l'énorme problème, c'est le vide abyssal de la réflexion politique de Ségolène Royal, le vacuum insondable de son programme, ses non-décisions sur sa première équipe gouvernementale, son inculture absolue en politique étrangère et diplomatie, je ne parle même pas de l'économie et des finances, j'en passe et des meilleures. Et puis il y a le patchwork délirant qu'est son équipe de campagne, constituée de types qui tiraient sur elle à boulets rouges il y a peu et désormais l'encensent. Alors qu'elle n'était même pas encore candidate, Ségolène Royal a accumulé les gaffes, tant sur le plan national qu'international. On peut raisonnablement s'attendre à une Edith Cresson-bis. Mais si, allons, rappelez-vous d'Edith Cresson... Les pédés britanniques, les fourmis nippones. Cette grande perche qui aurait pu ouvrir un boulevard aux femmes en politique en étant tout simplement correcte sans être extraordinaire, et n'a même pas été foutue de ça. Au contraire, elle a plombé l'image des politiciennes au point que cela s'en ressent encore aujourd'hui.

Ségolène Royal est mûre pour exploser le PS en plein vol. Elle n'a aucunement la carrure d'un Chef d'Etat, et aura rapidement son site web "Royal Blunders" (sans blague, j'attends l'apparition de gaffes-royales.org). Et si elle gagne, la droite gagnera probablement l'élection présidentielle de 2012 avec un score de plebiscite. Je rappelle au PS que si les français ont été capables d'exprimer un "tout sauf ..." avec Giscard, ils peuvent recommencer. Il semble bien d'ailleurs qu'en ce moment ce soit "tout sauf Chirac".

Je refuse de cautionner un tel niveau zéro de la politique, une telle approche purement marketing. Sa campagne est gérée TRES précisément comme on lance un produit, elle a très clairement beaucoup appris de Jean-Pierre Raffarin même s'ils ne viennent pas du même bord. La différence, c'est que Raffarin, lui, il a une réflexion politique, des axes personnels vrais. Le marketing n'est pour lui qu'un moyen, un outil, issu de son background privé. Chez Ségolène Royal, derrière le marketing, je ne vois rien.

J'ai donc décidé que je ne donnerai pas ma voix à Ségolène Royal. J'ignore encore pour qui je vais voter. Mais cela ne sera pas pour le PS, je déteste qu'on se foute de ma gueule à ce point-là.