J'ai reçu hier soir le mail suivant :

" Eh Daniel, t'es con. Tu te rends compte que si Bayrou ait élu, il n'aura aucune majorité parce que les partis reprendront leurs scores usuels aux législatives donc il sera hyper minoritaire ? "

Tout d'abord, la superbe fôte de la première partie de phrase était présente dans le message (l'emphase est mienne).

Ensuite, le courageux auteur de ce message non signé n'a rien compris à la politique... Bon, supposons que Bayrou passe au second tour. Face à Sarkozy, il est élu d'office ou presque. Face à Royal, ce sera plus juste mais il devrait être élu aussi. Dans la foulée, l'UMP, le PS et l'UDF devraient reprendre leurs scores à peu près traditionnels aux législatives ? Mais l'UMP est explosée par la défaite de Sarkozy, les chiraquiens font une chasse aux sorcières sans pitié, et les chiraquiens sont Bayrouistes dans cette élection. Côté PS, le PS est atomisé par la défaite de Royal, Strauss-Kahn se lance bien dans une tentative de remise en ordre de marche pour les législatives, ce qui donnera un léger sursaut socialiste mais pas plus. Le PS constate bien trop tard que Strauss-Kahn aurait du être son candidat présidentiel et jurera qu'on ne l'y reprendra plus à cette connerie de primaires.

Les législatives passent. L'UMP nouvelle est très encline au rapprochement avec les élus de Bayrou. Et Bayrou finit tout simplement par réaliser le rêve de Juppé d'une union presque complète de la droite sous une seule bannière. Juppé avait seulement cru qu'elle serait marquée par le RPR en tuant l'UDF alors que c'est exactement le contraire qui finalement arrive...

Mais là où cela devient cocasse, c'est que le PS va probablement être repris par le seul en état de le faire, toujours Strauss-Kahn. Fabius est en embuscade, mais il n'a aucune chance le pôvre vieux. Et Strauss-Kahn serait bien foutu de savoir dépasser les clivages droite-gauche si Bayrou joue ça finement.

Bref, dans une configuration totalement inédite et, je le reconnais, assez volatile, Bayrou pourrait bien se retrouver avec une majorité aisée lui permettant de gouverner... A charge aux partis politiques tels qu'ils seront après ce grand laminoir qu'est l'élection présidentielle version 2007 d'éviter une assemblée à l'italienne, ce qui décrédibiliserait encore plus la politique aux yeux du public...