Daniel,

Je réponds à ton excellent billet, très bien écrit comme d’habitude. En attendant cette mousse que l’on pourra se boire au soir ou au lendemain du premier tour, je vais essayer d’éclairer mon discours que tu juges « totalement indécryptable ».

Un seul mot me vient à l’esprit pour résumer ma réponse : la fidélité. La fidélité aux hommes, la fidélité à mes convictions et la fidélité à l’esprit de mon engagement politique et associatif : aucune compromission.

J’ai effectivement soutenu une possible candidature du Président pendant plusieurs mois. C’est l’une des raisons de l’ouverture de mon blog. J’ai également tenté de défendre l’action de Jacques Chirac depuis 2002, ce que personne ne fait encore aujourd’hui à l’UMP. Nicolas Sarkozy a inventé ce concept de rupture pour faire croire aux électeurs qu’il était en vacances pendant les cinq dernières années.

Voudrais-tu que je cautionne une telle schizophrénie ?

Que me dirais-tu dans ce cas ? « Christophe, tu n’as pas le courage d’affirmer tes convictions, tu te ranges derrière le chef, etc. »

Tu dis que « je me tire une balle dans le pied... » Justement non ! Je reste debout en refusant de soutenir le discours et le programme de Nicolas Sarkozy. La droitisation de l’UMP, le ministère de l’immigration et de l’identité nationale et les multiples dérapages du candidat UMP me sont insupportables. Entends-tu ? Insupportables et je pèse mes mots.

Nous ne sommes plus dans une stratégie électorale du candidat UMP qui disparaîtrait dans quelques semaines s’il était élu. Non. Tout cela, Nicolas Sarkozy le pense et l’appliquera. Tout cela, c’est la division et l’exacerbation des rapports de force entre les différentes catégories de la population.

Des accords, au niveau local pour l’instant, se préparent entre l’UMP et le FN ? Quelle est ma place là-dedans ? Jusqu’où faudrait-il suivre Sarkozy ?

J’entends ce discours à droite de la droite depuis deux ans. Penses-tu que j’ai découvert ce projet à l’occasion de l’investiture de Sarkozy le 14 janvier dernier ?

Alors, que pouvais-je donc faire au soir de la déclaration du Président de la République annonçant qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat ? Me Taire ou faire semblant de me rallier à Sarkozy à l’image de nombreux militants et élus UMP ? Et attendre une éventuelle défaite pour mieux rebondir ensuite… comme certains qui ne manqueront pas de le faire avec des formules du style « je l’avais dit ! ». Tu verras… Je peux d’ores et déjà te citer les noms de ces personnes « courageuses » !

Jacques Chirac n’étant pas candidat, et je le regrette, j’ai adhéré naturellement comme de nombreux chiraquiens au projet de société proposé par François Bayrou. Candidat dont le programme, et ce malgré les oppositions passées, est le plus proche de la vision de la France défendue par Jacques Chirac.

En outre, la France a besoin d’un Président qui rassemble, non pas d’un « énervé » incapable d’exister en dehors de l’affrontement.

L’espoir d’union nationale entre hommes et femmes de gauche et de droite est également une chance unique de rénover la vie politique de notre pays, sclérosée et tu le sais, par une bipolarité complètement artificielle. Et entretenue par les médias. J’adhère à cette volonté de rassembler ceux et celles qui veulent travailler ensemble.

En soutenant François Bayrou, je n’en reste pas moins fidèle à mes convictions. Je reste membre de l’UMP, pour l’instant. Et je continue à défendre le bilan du quinquennat de Jacques Chirac.

A propos d’Azouz Begag, n’as-tu pas imaginé une seule seconde que les menaces et insultes dont il parle, pouvaient être vraies ? N’aurait-il pas raison de dénoncer les méthodes sarkozystes ? Doit-il se taire et faire semblant de n’avoir rien entendu ?

Enfin, et pour conclure, Daniel, que me reproches-tu ? De rester fidèle à mes convictions ? Crois-moi, Nicolas Sarkozy n’est pas le président dont la France a besoin, loin s’en faut.

Christophe Carignano.