Une petite explication s'impose sur ce vote. Ségolène Royal s'est plantée, et elle s'est méchamment plantée. C'est une belle baffe, bien cinglante. Mais si, rappelez-vous, les manifs contre le CPE. De l'avis de tous, de gauche comme de droite, la candidature UMP était vraiment mal barrée. 12 ans de Chirac, des manifestations monstre, une contestation énorme, le Premier Ministre atomisé. Le tout faisant suite au référendum perdu en partie par vote contestataire. La plupart des commentateurs pariaient sur l'alternance. En plus les Français aiment l'alternance...

Et puis rappelez-vous 1981 si vous étiez déjà là... Rappelez-vous à quel point 1981 a été non seulement l'avènement de Mitterrand mais surtout la contestation de Giscard. Bon certes, aussi, il a eu du mal cette année-là à blinder les votes de l'outre-mer. Mais quand même, la contestation était forte dans son propre camp, parmi ceux qui avaient voté pour lui en 1974.

Une belle baffe, je le répète. Intervenir immédiatement dès les résultats, ce n'était pas accepter la victoire de son adversaire comme je l'ai lu ou entendu maintes fois ; c'était surtout tenter de désamorcer immédiatement la contestation, et surtout la contestation interne au PS. Le coup d'état Hollande-Royal continue, malgré la défaîte.

Nicolas Sarkozy a été élu et bien élu, après une campagne brillante. Mais il ne devra pas oublier qu'il a aussi bénéficé d'un vote contestataire. Royal a fortement déplu à une partie du PS et de la gauche, et ces gens-là n'ont absolument pas gobé la diabolisation de Sarkozy. Rappelez-vous "TSS". Tout Sauf Sarkozy. C'est à hurler de rire, mais la campagne électorale a fini surtout sur un Tout Sauf Ségolène !!! Royal a déplu au point d'avoir un vote contestataire avant d'être élue... Alors certes, il est loin d'être sûr que le PS aurait pu se doter d'un autre candidat faisant aussi bien. Alors certes, Ségolène Royal a le mérite de ses 47%, un exploit inouï au vu du vide abyssal de son programme, de l'effondrement de la gauche plurielle, et de la nullité intrinsèque de la candidate. Une candidate qui en gros lance "Je vous ai compris !" à Charletty et trente mille personnes qui répondent "Ouais ! Bravo !". Je reconnais que voir la gauche prendre les Français "pour des veaux" et faire du de Gaulle, et en réponse voir les électeurs de gauche foncer bille en tête, n'est pas la moindre des surprises de cette campagne... Le PS avait besoin d'un clone socialiste du facteur Besancenot pour gagner face à Sarkozy, et le PS est totalement infoutu de faire émerger un tel individu.

Alors je préfère donc un quasi-facho comme Sarkozy à une moyenne candidate de gauche ? Tout d'abord, Sarkozy est facho comme moi je suis une blonde à gros seins. Un facho qui rappelle ses origines étrangères et son grand-père juif de Salonique avec fierté, j'aimerais en croiser plus souvent... Certes, certes, il y va un peu fort sur la sécurité intérieure. Que la Loi laisse la possibilité de ficher génétiquement un gosse qui a piqué des billes me donne de l'urticaire. Mais c'est un épiphénomène. Il aura beau jeu, maintenant élu, de corriger le tir et revenir à quelque chose de plus raisonnable. Par ce biais, il satisfera son propre électorat en rappelant à ses opposants que vous voyez je vous l'avais dit je suis le président de tous les français. Ensuite au nom de quoi je devrais accepter une candidate moyenne ou nulle ? Au nom de quoi devrais-je sacrifier mes convictions sur la qualité et la fiabilité de nos élus ? Non, impossible. L'incompétence à ce point m'est inacceptable. On peut apprécier Sarkozy ou pas, haïr son projet ou pas. Mais si l'homme n'a pas (encore ?) l'envergure de ces présidents français qui comptaient à Washington, il ne dépareille pas foncièrement dans sa nouvelle fonction.

En une phrase, le président fraichement élu ne m'inquiète pas le moins du monde.

Alors le PS, presqu'un Français sur deux, ou pas ? Pour répondre, demandez-vous quel aurait été le score de Ségolène Royal si elle avait été opposée à François Bayrou...