mitterrand 10 mai 1981Obnubilés par le retour tout bronzé de Sarko, les déboires de Ségo, la cérémonie commémorant l'abolition de l'esclavage, les barissements des éléphants et les ralliements des centre-mou, on aurait presqu'oublié que le 10 mai c'est aussi la commémoration de l'élection de Mitterrand... En 1981, le 10 mai vers 15h, je savais déjà. Un ami de la famille, hilare et heureux, nous avait prévenu que "c'était fait" et que "c'était absolument certain". Plus tard dans la soirée, alors que tout Paris retentissait de klaxons de voiture, les Glazman se dirigeaient vers la Bastille avec leurs enfants, confiants dans le caractère débonnaire de la manifestation à venir. Autour de nous, certains paniquaient et pensaient sans relache qui à l'appel téléphonique du lendemain matin à leur banque pour tout vendre avant que les Russes n'arrivent, qui carrément à quitter la France pour l'Angleterre ou plus souvent les Etats-Unis. J'ai passé un bon moment place de la Bastille sur les épaules de mon père avant d'investir un lampadaire puis le toit d'un kiosque à journaux. L'air suintait la fête, il y avait autant d'enfants que d'adultes autour de moi, c'était assez incroyable. Nous sommes rentrés longtemps après la nuit tombée par la place des Vosges et la rue de Turenne, après tout il y avait école le lendemain matin, n'est-ce pas... Je crois me souvenir d'une petite pluie fine qui n'a duré que quelques minutes ou deux sur le retour. L'ambiance était tellement euphorique que cela n'a gêné personne. Le lendemain matin dans le métro, les gueules de bois et les visages joyeux contrastaient bien plus que ce lundi 7 mai 2007. Les parisiens étaient classables en trois catégories : les joyeux, les effondrés, et le jmenfoutistes. C'était très visible, très sensible. Je me souviens encore de ce jeune imbécile des Jeunesses Giscardiennes, interviewé dans les minutes qui ont suivi l'annonce des résultats, disant "La minorité silencieuse ne le restera pas très longtemps". Je me souviens parfaitement avoir réagi devant ma télé en disant "quel imbécile". Le 10 mai 1981, j'étais déjà éveillé au sujet, mais c'est clairement le jour de naissance de mes opinions politiques et de leur expression publique. 26 ans déjà, j'avais 14 ans et des brouettes, que le temps passe vite.