Je reviens donc de deux semaines de vacances tout au sud de l'Espagne. Nous n'avons pas vu un seul nuage en 14 jours. Même pas une traînée nuageuse dans le ciel ou une brume. Rien. L'aridité locale est assez impressionnante dans cette partie de l'est de l'Andalousie et dès qu'on quitte le Guadalquivir, on est frappé par la sécheresse des lieux, écrasés de chaleur en été. Le malheureux Rio Piedras et ses marais ont beau attirer les cigognes, il est évident que les ressources en eau sont limitées. Et ce n'est rien comparé à certaines zones de l'intérieur du pays que j'ai traversées il y a quelques temps.

Ce qui semble par contre illimité, c'est le nombre de golfs, d'hôtels et résidences secondaires... Quand on sait ce que consomme en eau un golf (et il y aurait 23 rien que dans cette partie de l'Andalousie...) et quelle est la consommation en eau d'une zone balnéaire dont la population explose entre juin et octobre, je ne peux qu'être sceptique en pensant au futur de la région. D'après mon paternel qui l'a vu, Arte aurait même récemment diffusé un documentaire expliquant que les nappes phréatiques sont tellement sollicitées que leur niveau est dramatiquement bas, que le désert intérieur espagnol a grandi de près d'un tiers au cours des dernières 25 années...

L'Espagne a trois pôles de développement : le tourisme d'abord, l'agriculture légumes/fruits de toute saison ensuite, la banque enfin. Deux dépendent de l'eau.

Supposons que la thèse la plus pessimiste soit vraie, c'est-à-dire que certaines nappes soient si basses qu'elles seront à la limite de l'épuisement dans dix ans. Dans ce cas le tourisme et les expatriations de britanniques/néerlandais/scandinaves vont fortement souffrir. Le coût de la production de légumes et fruits va fortement augmenter. L'Europe du Nord se reposant depuis longtemps sur l'Espagne, le Maroc et quelques autres pays africains (pour le haricot vert par exemple) pour disposer de fuits et légumes toute l'année, et ses ressources en eau étant elles-mêmes faibles, les prix vont forcément faire une culbute énorme et l'Espagne n'aura pas le temps de lancer un grand programme d'installation de dessallinisateurs d'eau de mer (et que ferait-on des boues de rejet ?). Le pays est déjà dans une situation financière difficile et a du vendre sur le marché mondial un gros bout de ses stocks d'or récemment. La perspective est enchanteresse, non ?

Comment dire ? Ah oui voila : ¡Ay, caramba!