J'ai rencontré Aaron Lustiger dit Jean-Marie. Et oui, moi l'anti-calottin. J'étais gamin, c'était le retour des vacances d'été un 30 juillet au soir à la gare SNCF de Biarritz-la-Négresse. On voyageait par le train de nuit en T2 (cabines de deux couchettes). J'ai reconnu immédiatement dans le couloir du wagon Lustiger qui occupait seul la cabine à côté de celle de mon père et moi. Du haut de mes 15 ans (si j'ai bonne mémoire), je lui ai souhaité le bonsoir en yiddish. Il a marqué un temps d'étonnement, a fait un très grand sourire vraiment enchanté et enchanteur, et m'a répondu en yiddish avec des yeux rieurs avant de rejoindre sa cabine. Je crois pouvoir affirmer qu'il a apprécié autant que moi.

J'ai une anecdote, de première main, le concernant ; lorsqu'il est devenu archevèque de Paris, sa première réunion avec le grand rabbin s'est bien entendu très bien passée. Chaque ponte était accompagné de son secrétaire. A un moment Lustiger a prié le sien d'aller chercher quelque chose hors de la pièce. Quand la porte s'est refermée, il s'est retourné et a dit avec humour "bon, maintenant que le goy est sorti, on va pouvoir causer"...