Non, je ne vais pas vous parler de la conférence LeWeb3 car je n'y suis pas. Entre un raout qui essaye de m'expliquer pour un coût exorbitant sur deux jours que le blog est mort et place au videolog/vlog (alors que le feed video de LCI - pourtant pas un poids moyen du secteur - est impossible à suivre tellement c'est saccadé...) et ParisWeb qui offrait une prestation exceptionnelle pour des clopinettes, mon choix était vite fait. Par contre je vais vous parler de Loïc Le Meur (LLM), car son interview récente par le journal Le Monde mérite vraiment qu'on s'y attarde...

Alors que nous avons une population de blogueurs parmi les plus actives de la planète, alors que les logiciels sociaux (type Facebook) connaissent dans l'Hexagone une vitesse d'adoption dont les Américains eux-même s'étonnent, les entrepreneurs tricolores et leurs alter-egos européens doivent s'expatrier au cœur de la Silicon Valley pour réussir.

Je crois que LLM devrait arrêter de faire une fixette sur les webs sociaux et les applications Web 2.0 car cela ne sert à rien. Ce n'est pas de ça à la base dont la France a besoin pour pouvoir créer un Facebook. Notre pays a besoin dans l'ordre chronologique : 1. d'insuffler une culture entrepreneuriale à ses étudiants à qui bien souvent on ne dit pas "lancez-vous !" même s'ils ont pondu un projet de fin d 'études qui vaut de l'or ; 2. de conditions rendant simple et rapide la création d'entreprise ; 3. d'inciter très fortement les détenteurs de capitaux à l'investissement dans les entreprises détentrices du statut Jeune Entreprise Innovante (JEI) ; 4. focaliser non pas sur les services Web mais sur la technologie.
Je signale à LLM que Joost est une entreprise de droit luxembourgeois basée à Leiden aux Pays-Bas détenue entre autre par un Suédois qui n'a fait avant que KaZaa et Skype ; que Bladox est une société tchèque ; que videolan a démarré comme un projet d'étudiant à Centrale Paris ; que modestement Nvu a été développé à Saint-Germain en Laye...
Ce n'est pas de Web 2.0 ou 3.0 ou whatmille point zéro dont une économie a besoin. La plupart des projets de ce type sont inévaluables et participent pratiquement d'un système pyramidal dans lequel chacun espère retirer ses billes avant que tout ne s'écroule parce que oui tout le monde sait que ça va s'écrouler. Seule la technologie, car elle est évaluable et ne participe pas d'un système pyramidal, permet de créer de la valeur sur le long terme et maintenir une activité suffisamment stable et pérenne pour qu'un éclatement de bulle ou une crise n'emporte pas tout aux oubliettes de l'histoire numérique.
En clair, j'aurais voulu que Eye.fi soit français, j'aurais voulu que l'industriel que je suis allé voir pour lui parler de Meuf (un des tous premiers agents mail wysiwyg, MIME et tout et tout) en 1992 ne  refroidisse pas complètement mes ardeurs parce que c'était une monumentale connerie de l'avoir écouté, je voudrais que les étudiants de l'ENSIMAG que j'ai rencontré il y a deux ans avec Daniel Veillard ne m'aient pas dit "on ne nous a jamais parlé comme ça auparavant, vraiment merci". Je voudrais que nos banques soient moins frileuses, que ma banque ne m'aie pas répondu "ah non, vous ne pouvez pas avoir accès à notre plateforme de vente en ligne, votre société n'est pas assez grosse". Merde.

Mais investir le marché européen est compliqué. Il existe 22 langues à décliner et il faut à chaque fois trouver de nouveaux partenariats, assumer de nouvelles charges.

Non. Cela est vrai dans le Web 2.0 à la sauce LLM. Mais Bladox est une société qui a un succès INCROYABLE sans devoir chercher des pieds dans tous les pays du monde, dans toutes les langues du monde. Ils ont un produit de qualité, excellent et simple. Point.

En Californie il suffit de prouver que votre système intéresse une communauté de 100 000 utilisateurs pour faire un tour de table. En France, il faut faire la démonstration de son business model… Facebook n'aurait jamais pu y voir le jour.

Ah bah merde alors. S'il faut démontrer que la société qu'on veut créer va gagner de l'argent, où va-t-on ma pauvre dame ? Non, sérieusement, revenons sur Terre. Pour une fois, je sais parfaitement gré aux investisseurs français d'avoir bien (trop bien parfois) retenu la leçon de la bulle Internet 1.0. Au nom de quoi faudrait-il investir dans une boîte sans business model valide si ce n'est en parfaite connaissance de cause d'un système pyramidal ou de bataille du sucre ? Allons. LLM vient de mettre le doigt sur un point qui fait mal à tout le monde et pour une fois, le mal est aux USA. Tout le monde sait que valoriser une boîte comme Facebook à quinze milliards de dollars, c'est du flan pur et simple.

J'ai expliqué à Nicolas Sarkozy qu'Internet est le centre d'un secteur économique en pleine expansion et créateur d'emplois

Je ne suis pas exactement d'accord. L'industrie du logiciel me semble de loin le secteur où la France devrait investir le plus. Je m'explique, je me ré-explique plutôt car je tiens ce discours depuis des années : pour écrire du code, il faut un ensemble table+chaise à 59 € chez Ikea, une bécane correcte à 500 € environ, une ADSL à environ 30 € par mois et.... et c'est tout. Ah oui, il faut aussi du talent, mais ça ne s'achète heureusement pas encore en boutique ni en ligne.
Quant aux services en ligne, peu peuvent être rentables dans un pays comme le nôtre où la vaste majorité de la population est urbaine et où le tissu urbain offre des boutiques à tous les coins de rue. Les niches de la culture (livre, disque, etc), du jouet, des fleurs, des voyages et autres sont déjà remplies. Le service en ligne ne crée pas de la valeur pérenne, de la valeur industrielle. Il dynamise, mais d'une manière bien trop sensible au moral des ménages. Il faut aller plus loin, il faut aller jusqu'à la technologie.

Un financement public/privé où toutefois le choix des start-ups à soutenir est laissé aux investisseurs privés.

Je ne suis absolument pas d'accord. Le monde de l'entreprise est privé, point. Si la France considère qu'un secteur doit être aidé, qu'elle aide par un système fiscal mais pas par un système de financement public. Ou alors que l'Etat le fasse par le biais d'un organisme strictement financier et fonctionnant comme les capitaux-risques, c'est-à-dire en fonction du retour sur investissement.
Par ailleurs, il faut créer également un écosystème, une concentration d'entreprises qui facilitera les échanges tout en maintenant une forte connexion avec la Silicon Valley.

J'aime ce "par ailleurs"... LLM prend le problème à l'envers. C'est par là qu'il faut commencer !!! C'est ça, le point principal. Les services en ligne n'existent en France que parce que le haut débit a une pénétration énorme, pas le contraire !!!

Dernier point : l'éducation. La semaine dernière j'ai reçu via Internet une offre de service alléchante d'un individu qui pouvait se prévaloir d'une expérience chez Google. Je l'ai rencontré, il a 14 ans... Il faut, dès le collège et même avant, former les Français à la création d'entreprise et leur donner le goût du risque, de l'initiative. Aux Etats-Unis, les jeunes sont programmés pour ça.

Aaaaah, que cela me fait plaisir à lire. Oui, entièrement d'accord avec LLM. Le seul problème, de nouveau, c'est que LLM met cela en "dernier point", alors que dans ma liste plus haut, c'est en point numéro 1...