Je vais encore passer pour un vieux réac auprès de ceux et surtout celles qui vont lire ce billet épidermiquement. La parité à toutes les sauces comme cheval de bataille, cela me gonfle à un point que cela donne une idée de la distance de la planète Terre au premier quasar venu. Quand je lis que la première interrogation de Natacha Quester-Siméon en arrivant au Ministère le 29 mai au soir a été de savoir si elle était la seule femme présente, cela m'en bouche un coin (un coin-coin même, vu mon affection bien connue pour les canards).

Donc autour de la table, il était censé y avoir des "blogueurs". Personnellement, je suis un informaticien chef d'entreprise qui blogue pour son plaisir, pas un blogueur qui fait de la babasse comme hobby, mais bon... Sur dix "blogueurs", la majorité étaient des techos de première (vu son métier et malgré son inactivité actuelle, je classe aisément Laurent Gloaguen parmi les technologues aguerris). Chez les techos dont je suis, le pourcentage de filles est strictement décroissant depuis la classe de seconde jusqu'à la fin des études supérieures. En Terminale C, il y avait un quart de filles dans ma classe. Un peu plus de 10% en Math'Sup et Math'Spé. Dans ma promo de l'X, on avait 35 filles sur une promo de 340 personnes environ. A Dauphine, où se tenaient les Assises du Numérique, il y a 80% de filles dans la plupart des UV sauf (dixit un étudiant qui me le racontait) en management des technologies où il y a seulement 20% de filles. En quoi donc la "représentation" de ce dîner était-elle différente ? Pourquoi faudrait-il à tout prix faire dans le politiquement correct ? S'il n'y avait pas plus de femmes invitées, c'est peut-être parce qu'aucune femme blogueuse n'avait fait de commentaire public constructif sur les Assises du Numérique par exemple ? Et s'il y avait une femme présente, c'est peut-être comme le Ministre l'a dit lui-même en début de repas parce qu'Isabelle Juppé la lui a recommandée peu de temps auparavant, Isabelle Juppé dont le cheval de bataille actuel est justement "La femme digitale" (aucune critique, je suis juste factuel) ?

Parenthèse : j'ai trouvé ce dîner bien plus cool et informel que nombre de "coktails dînatoires" debout ; dans ce dernier type de raout, il est en général totalement impossible d'approcher l'hôte ; en plus après une journée pareille, absolument exténuante pour le Ministre et pas mal crevante pour nous vu les conditions de température qui règnaient dans l'amphi de Dauphine, des sièges pour dîner n'étaient pas un luxe...

La discrimination positive, parce que dans le cas qui nous préoccupe cela en serait une, me gonfle. D'un côté la rémunération et la promotion doivent être au mérite, mais d'un autre la représentation doit être à parité. Hommes/femmes, majorité/minorités, et quoi encore ? Par religion ?  Chauves/chevelus ? A quand un quota pour les enfants de marins bretons chouchennisant au long cours ? Ou pour les petits-enfants de tailleurs yiddishisant apatrides ? Je me fous de la parité hommes/femmes alors qu'il serait bien plus judicieux d'accorder une représentation aux handicapés, qui n'ont pas les mêmes besoins ni les mêmes contraintes que les autres citoyens, en particulier dans le domaine de l'accessibilité au numérique.

Un blogueur sur deux est une blogueuse. Bon. Même si je suis curieux de connaître la source de cette information, d'accord, pourquoi pas, je m'en fous après tout. C'est le cerveau de l'auteur d'un blog qui m'intéresse, pas son sexe. Mais une immense majorité des blogs sont à jeter. Si je ne me retenais pas, je dirais 99%. Dans mon monde de technologue pur et dur, la plupart des blogs dignes d'intérêt sont tenus par des hommes ; mais au contraire dans la communauté des designers Web, le nombre de femmes est énorme... Dans la communauté mondiale des ingénieurs développeurs de Firefox et Mozilla, le nombre de filles se comptent sur les doigts d'une main ; on le regrette mais c'est comme ça ; mais chez les marketeurs ou autres personnels de Mozilla, c'est différent. Il faut accepter le fait que la parité n'a aucun sens si elle dégage une tendance contraire aux aspirations personnelles des gens. Si la parité a du sens chez les élus du peuple au vu du nombre de militantes parmi les militants des partis politiques, elle n'en a aucun chez les technologues au vu des 10% environ de représentation féminine dans des métiers CHOISIS. Tentons de favoriser l'émergence de carrières scientifiques et techniques chez les filles dès le secondaire en leur insufflant le goût de la technique et si ça prend, on en reparlera alors. Maintenant, je connais dans la technologie des filles qui sont des pros, des vraies, des expertes au niveau mondial. S'intéresser un peu à l'iPhone et ne pas connaître Erica Sadun ? Grenouiller dans XML et ne pas connaître Sharon Adler ? Bosser sur CSS et ne pas connaître Elika Etemad ?

Natacha s'étonne également que n'aient pas été abordés "la participation, de la démocratie directe, de l’impact d’Internet sur les changements de société et dans la politique" ou que "les blogueurs politiques présents" soient bien silencieux. Tout d'abord, je crois que depuis Alain Juppé qui a initié le virage public le premier (si, si, il faut le rappeler), nos élus savent très bien quels sont les impacts et les enjeux d'Internet... Ils les accompagnent et les craignent à la fois. Le fait qu'un blogueur anonyme comme moi puisse donner son avis individuel par son tout petit bout de la lorgnette, que la loupe du Web le reprenne sur ZDNet et qu'in fine il soit invité à donner son avis dans un Ministère est déjà une révolution inimaginable il y a quinze ans à peine. Toutes les entreprises, tous les gouvernements sont confrontés à la diffusion incontrôlable ou presque d'informations, à une lentille grossissante donnant une visibilité au citoyen - ou pire aux groupes de citoyens - unique dans l'Histoire de l'Humanité depuis les ostrakhon de la Grèce antique, et encore ! Alors croire une seule seconde que le gouvernement ne se penche pas sur le problème depuis longtemps déjà...

Avant tout ça, il faut les tuyaux, les entreprises et les emplois. C'est en tous cas mon opinion profonde depuis des années, et il se trouve que j'ai un certain background en la matière... Il faut, pour UNE FOIS, procéder par ordre. Genre est-il judicieux de supprimer totalement le billet d'avion aérien sous forme papier en faveur de l'e-ticket alors que la fracture numérique est loin d'être résorbée ? Bonne question hein ?

Alors une consultation pour savoir ce que les citoyens attendent du numérique ou pas ? Si AOL m'a appris une seule chose, c'est par ses panels d'usagers et leurs résultats : il est illusoire d'attendre des usagers qu'ils expriment des besoins sur une technologie qu'ils ne maîtrisent pas encore. Pour mémoire, les panels sur l'intérêt de la téléphone mobile donnaient des résultats pour le moins mitigés ; la suite est connue... Personne n'aurait parié un kopek sur le SMS, sauf les "internautes préhistoriques" (sic) comme les appelle N. Quester-Siméon qui eux savaient très bien que la messagerie mobile allait être un succès majeur, et qui savaient dès la première minute envers et contre tous que le WAP serait un flop majuscule. Donc consultation de citoyens ou pas ? Pourquoi pas. Mais j'ai bien peur que ses résultats soient à prendre avec des très grosses pincettes, et que le temps et l'énergue passés à l'organisation ne soient pas bien payés... Une consultation des entrepreneurs de l'Internet par contre, oui. 200 JEI dans une salle face au Ministre, oui. Dans un second registre, 200 boîtes du Web 2.0 face au Ministre, oui. Et même deux cents députés, maires et juristes face au Ministre, oui.

En conclusion, je dirais que quand je lis dans les commentaires de l'article de Natacha qu' "il en va du monde numérique comme du monde réel : dès qu’il y a pouvoir, le mâle est omniprésent. Et concède aux femmes un petit ghetto sur “les femmes et le numérique”", et vu le sujet des Assises, j'ai un hoquet très très fort et je jure à la lecture du mot "mâle". Pourquoi pas "couillu" tant qu'on y est, hein ? Quand je lis "Comme il en va souvent avec les hommes, l’habitude de discuter technique et équipements a tendance à mettre les questions de fond au rancart", je me dis que la discrimination sexiste n'est finalement pas du côté que l'on pense. Et quand enfin je lis "Girl Power!", je trouve que c'est finalement une bien mauvaise manière de saluer la belle initiative d'un ministre assez atypique pour avoir invité à discuter ceux qui avaient critiqué les Assises du Numérique au lieu de mépriser la voletaille.

Ah, au fait, inutile de me traiter de misogyne, cela a déjà été fait. Mes copines en ont éclaté de rire en se payant largement la fiole des auteurs...