J'ai suivi avec avidité les deux dernières partie de "Comme un juif en France" diffusées sur Arte lundi soir dernier. J'ai un élément à apporter, un élément qui aurait fait probablement hurler Robert Badinter s'il avait su. Pour cet article, j'ai longuement hésité entre la rubrique Franchouillardises et la rubrique TotalementCrétin. Mais c'est surtout Totalement Choquant, alors lisez bien ce qui suit...

En 1943, plusieurs organisations remarquables (sionistes, catholiques, protestantes) ont réussi à faire passer des centaines d'enfants juifs - et quand c'était possible en fonction de l'âge des enfants les parents avec - en Suisse. La Suisse ne refoulait pas les enfants de moins 16 ans ni les parents accompagnés d'enfants de moins de seize ans. Parmi eux, toutes les nationalités d'Europe. Des orphelins allemands, des anversois, des néerlandais, des français bien sûr, des polonais, des litvaks, etc... Pas d'italiens, car l'Italie n'inquiétait pas les juifs. Tous ces gosses, tous ces parents, fuyaient depuis Mégève, Saint-Gervais et Saint-Martin de la Vésubie et n'ont en général survécu à la guerre que grâce à la Suisse.

Mais la France ne les avait pas oubliés... Après la victoire, tous ces juifs errants sont rentrés chez eux, après en général de pénibles voyages en train, les ponts étant pour la plupart détruits. Les juifs "non-français" - c'est ainsi qu'ils étaient dénommés sur leurs papiers - n'avaient pas sous Vichy le droit de quitter le territoire national. Malgré la victoire et la chûte du régime de Pétain, malgré que l'on savait enfin ce qui était arrivé aux juifs d'Europe, malgré que la fuite en Suisse fut pour eux la seule chance de salut, les juifs étrangers qui étaient passés en Suisse furent convoqués au Quai d'Orsay. Oui, au Ministère des Affaires Etrangères, le bien-nommé. Et là, très peu de temps après la victoire, alors que les premiers déportés rentraient des camps, le gouvernement provisoire appliqua comme un seul homme la Loi de Vichy aux juifs qui avaient survécu, leur infligeant une amende de 425 Francs de l'époque, c'est à dire environ 1500 Euros d'aujourd'hui, pour avoir enfreint la Loi leur interdisant de quitter le territoire national ! Sinon, c'est bien simple, c'était la prison. Une somme énorme, indécente pour ces survivants qui avaient tout perdu, qui en général rentraient pour découvrir leur appartement occupé, leurs biens volés. Pour ceux qui revenaient de Suisse, le reçu avec tampon fut apposé sur leur livret de réfugié en Suisse. La France tamponna donc un document officiel helvétique pour laisser à l'Histoire la preuve de son attitude scandaleuse.

la honte au Quai d'Orsay

En 1943, les Douaniers Suisses qui récupéraient les réfugiés après leur passage de la frontière et les interrogeaient pour remplir les formulaires d'immigration, ne faisaient pas dans le politiquement correct. A la question du formulaire "Raison de l'immigration", ils écrivaient "Poursuite raciale". Rien que du vrai. En juin 1945, les fonctionnaires français mettaient à l'amende ceux qui avaient sauvé leur peau en fuyant entre autre la police française. En juin 1945, après la capitulation définitive de l'Allemagne nazie, la France pourchassait toujours ses juifs.

Bernard Kouchner, votre Ministère ne pourra pas dire qu'en juin 1945 il obéissait aux ordres de Vichy, Paris avait été libérée dès août 1944... Alors ?