Chose promise, chose due, je reviens donc sur l'article de François Miclo "Le logiciel libre ne cotise pas chez Besancenot". J'ai assez dit ce que je pensais il y a quelques temps du "la propriété c'est le vol" dans le cadre du logiciel et je ne le renie absolument pas. Voici donc, en désordonné et sans relecture avant publication, ce que je pense du libre, du propriétaire et du logiciel en général. Cela vient des tripes, merci de le prendre comme tel.

  • ce qui m'intéresse c'est le Logiciel. Je ne mets jamais de L capital à "libre" mais j'en mets un à Logiciel. Je suis tombé dans le Logiciel quand j'étais petit, dans une salle obscure du Palais de la Découverte. Je n'ai aucune honte à dire qu'écrire du soft me procure un plaisir intense et que ce que je recherche est l'excitation de faire fonctionner mes neurones sur des problèmes techniques complexes. Tout taupin connait ça : plancher pendant des heures sur un problème de maths pour enfin en trouver la solution donne le sourire. Trouver en plus une belle solution procure un sentiment de joie énorme. Voila. J'écris du Logiciel parce que cela m'éclate. C'est mon bricolage à moi, ma sculpture, ma peinture, mes arts plastiques. Je me considère comme un développeur assez moyen et je bénis la providence qui m'a un jour fait tomber en admiration du Rockwell AIM65 propulsé par un vénérable 6502 et qui m'a amené à participer à un soft utilisé par des centaines de millions de personne dans le monde et moi-même sortir un produit utilisé par trois millions et demi de personnes. Je n'en suis pas fier, j'en suis heureux. Je programmerai tant que mon cerveau sera en état de le faire, parce c'est bon, parce que c'est chouette, parce que c'est ma vie.
  • je me fous totalement d'écrire du libre, du pas libre ou de l'open-source ou du propriétaire. Ce qui compte pour moi, encore une fois, est de faire travailler mes neurones, me lever le matin en ayant envie d'y aller, et réussir à en vivre.
  • il ne faudrait surtout pas oublier que le logiciel libre ou open-source est dans la majeure partie des cas écrit par des développeurs qui ont un boulot à côté. Et souvent un boulot dans l'industrie du logiciel propriétaire. Le "libre" existe d'abord parce que le "propriétaire" a permis à toute une flopée de développeurs ayant déjà une fiche de paye de ne pas se soucier de monétiser leurs extras.
  • je refuse catégoriquement l'assertion commune selon laquelle seul le libre amène de l'innovation. C'est le logiciel propriétaire qui a fait rentrer l'informatique dans tous les foyers et ceux qui hurlent contre les pratiques commerciales de Microsoft ou le nombre de bugs répertoriés de Windows devraient également se rappeler que faire utiliser un ordinateur à des centaines de millions de personnes de par le vaste monde est quand même une réussite exceptionnelle, un crédit pour l'Humanité. Si les éditeurs de software et hardware propriétaires n'avaient pas été là, nous n'aurions pas grand'chose des innovations superbes qui font notre joie au quotidien aujourd'hui.
  • écrire du logiciel open-source est la cerise sur le gateau. Je suis déjà vraiment gaté en étant un développeur de logiciels. Si en plus, je peux rendre mon produit open-source, construire une communauté de passionnés autour de mon produit, et en même temps en vivre, alors c'est génial. Mais si je ne peux pas en vivre et que le seul moyen de faire crouter mes enfants est de protéger mon innovation, alors je n'ai aucun mais alors aucun scrupule à écrire du logiciel propriétaire. Je considère le libre fanatique à la Stallman comme une conception kibbutzienne du Logiciel, où gains et pertes doivent être mis en commun et tant pis si tu ne bouffes pas. Le libre dans le Logiciel me semble être une tête de pont politique kholkozienne, qui ne vise qu'à éliminer à terme toute idée de droit intellectuel ou de brevet, et donc en allant plus loin l'argent et l'autorité.
  • reste un détail étonnant : un des modèles en vogue dans le libre est celui qui rentabilise le développement par commercialisation d'extensions. Le modèle économique du libre n'a toujours pas fait totalement ses preuves, sauf dans de rares exceptions.  Et je ne compte pas la dedans le succès phénoménal de l'App Store d'Apple qui est tout sauf fondé sur le libre ou l'open-source. Attention, l'App Store va changer la donne. Profondément. Et pour longtemps.
    Toute société développant un produit libre ou gratuit de base et gagnant son beurre sur les extensions sera tôt ou tard confrontée au problème du piratage de ses extensions, seule source de ses revenus. Elle devra donc considérer le Logiciel propriétaire avec un oeil bienveillant, voire comme sa seule planche de salut au moins dans l'immédiat.
  • le libre et l'open-source sont bons et utiles parce qu'ils introduisent un élément incontrôlable dans l'industrie du Logiciel. Les developpeurs de libre et open-source ne sont pas tous aux USA, ils ne sont pas tenus par les coucougnettes par un punaise de groupe de crétins au département marketing qui leur demande de mettre une fonction de daube de collecte de données personnelles au lieu de laisser les développeurs faire leur boulot. Je rappelle que Firefox1.0 est un produit qui a démontré que l'Ingénierie pouvait non seulement gérer un produit de A à Z mais qu'en plus elle pouvait le faire tellement bien que toutes les prédictions des marketeurs d'AOL se sont révélées fausses. Comme m'a dit mon ancien patron de chez Netscape, Chris Hofmann, récemment "on s'est préoccupé du business-model après avoir fait le produit et l'expérience a montré qu'on a eu parfaitemenr raison ; on continue comme ça". Le libre et l'open-source sont perturbateurs pour le propriétaire. Ils le forcent à s'améliorer, sous la pression des innovations techniques mais aussi de l'argument suivant : si un groupe de 5 associaux à cheveux longs et t-shirts noirs sont capables de faire un produit presqu'équivalent à celui de la Grande Société qui me coûte bonbon, pourquoi devrais-je payer pour ses équipes pléthoriques, ses campagnes de pub et tout ?
  • maintenant, le libre et l'open-source ne sont fiables - et c'est un point fondamental à noter - que lorsqu'ils s'organisent selon les méthodes de l'industrie du Logiciel propriétaire. Il faut de la méthode, de la qualité, du suivi, de l'industrialisation. Le client - l'usager si vous préférez - n'est pas prêt à baisser son exigence de qualité parce que le logiciel n'est pas payant. Et il a parfaitement raison. Pas de documentation ? Pas de localisation possible ? Une UI non conforme aux us et coutumes de sa plate-forme ? Sanction immédiate dans tous les cas : dehors.

Ce qui compte pour moi, c'est que le Logiciel amène toujours des merveilles de plus en plus merveilleuses sur mon bureau, en face de moi, à porté de main. Ce qui compte pour moi, c'est d'installer une nouveauté et de lacher un "wow !!!" bien sonore parce que je suis scotché par la performance technique. Ce qui compte encore plus moi, c'est d'être l'auteur d'un Logiciel en face duquel les autres font "wow !!!" parce qu'ils apprécient la performance technique. Que celà vienne du propriétaire ou du libre/open-source importe peu. Si c'est libre/open-source, c'est encore mieux et surtout moins cher, mais sinon qu'importe le flacon pourvu que l'ivresse soit là.

Je viens d'acheter VMWare Fusion pour disposer des applis Windows sur mon Mac. Je suis parfaitement content d'avoir donné quelques dizaines d'euros à cette société en échange d'un produit excellent, répondant à la plupart de mes attentes. Le jour où VirtualBox me proposera une intégration aussi poussée dans MacOSX et une performance équivalente, je réviserai peut-être mon jugement. En attendant, ce logiciel propriétaire me remplit d'aise.

Voila. A bons lecteurs...