Athénée 1983
By glazou on Saturday 23 January 2010, 20:52 - General - Permalink
En 1983, le programme de français en MathSup/MathSpé comprenait Phèdre de Racine. Or Phèdre était mis en scène au Théatre de l'Athénée à Paris... Notre classe se retrouva donc un après-midi à l'Athénée, en compagnie d'au moins une dizaine d'autres classes de MathSup/Spé et malheureusement quelques critiques artistiques disséminés dans la salle. Bref, plus de 80% de jeunes mecs dans la salle.
Donc quand le rideau s'est levé et que Phèdre peu de temps après s'est retrouvée totalement nue - je dis bien totalement nue - sur la scène au décor plus que minimaliste (je me souviens d'une scène vide avec une espèce de petite pyramide), la première réaction a été "uuuuh?" et la suivante a été "bwaahahahahaha !". Au point que dix minutes de ce traitement ont fait fuir les critiques assis à nos cotés. Ils nous alors franchement insultés, nous ne comprenions rien à l'Aaaaart...
Ce soir, je suis tombé sur le texte suivant. Une interview d'Anne Delbée qui avait mis en scène ce Phèdre :
Le décor était un champ de neige qui recouvrait tout, avec deux chevaux cabrés de Versailles, pour faire entendre au public que la passion est authentique chez Racine, où la glaciation a quelque chose de brûlant, mais aussi parce qu’en 1979, un de mes assistants était allé mourir en Islande dans la neige, ce qui m’avait beaucoup marquée.
(...)
Cela surprit mais Phèdre scandalisa quand [la protagoniste] jeta tous ses vêtements sur « que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent » et parut toute nue avec le corps bronzé radieux d’une petite-fille du Soleil. Ce n’était pas une provocation de ma part, mais je voulais montrer la domination de la chair sur Phèdre et j’allais jusqu’au bout cette fois-ci.
Ah ça j'avoue que la métaphore de la mort en Islande m'avait échappé... Quant à la nudité de Phèdre qui n'était pas une provocation, je pouffe.
Cette Phèdre a été la risée de tous les élèves de Sup et Spé de la région parisienne pendant deux ans, et je me souviens de critiques particulièrement acerbes dans la presse écrite.

Comments
on se demande comment une piece de théatre jouée pendant 2 ans à partir de 1979 pu être vue en 1983.
@marsu: http://www.athenee-theatre.com/prog...
Les sup/spé des années 80 étaient composées de quoi, 95% de mâles ? Et dans mon souvenir, l'ambiance et la maturité dans ce genre de communauté n'a rien à envier à une classe d'appelés (j'ai fait les deux, taupe et service militaire), je suis donc modérément surpris par la réaction du public. Disons que cette dernière en dit plus long sur les taupins que sur la mise en scène.
Pour ce qui est de la provocation, le théâtre public se doit de mettre à poil sur scène un comédien/une comédienne, et ce depuis le début des années 70. C'est dans le cahier des charges. Pas de quoi hurler à la provocation, même si le gimmick a fait long feu.
J'imagine qu'etre la risée de toutes les taupes de Paris est une catastrophe pour un metteur en scène.
@zerchove: évidemment pas, mais lisant plus de 20 ans plus tard les propos de la metteur en scène, je comprends pourquoi nous n'avions rien compris: c'était incompréhensible...