En 1983, le programme de français en MathSup/MathSpé comprenait Phèdre de Racine. Or Phèdre était mis en scène au Théatre de l'Athénée à Paris... Notre classe se retrouva donc un après-midi à l'Athénée, en compagnie d'au moins une dizaine d'autres classes de MathSup/Spé et malheureusement quelques critiques artistiques disséminés dans la salle. Bref, plus de 80% de jeunes mecs dans la salle.

Donc quand le rideau s'est levé et que Phèdre peu de temps après s'est retrouvée totalement nue - je dis bien totalement nue - sur la scène au décor plus que minimaliste (je me souviens d'une scène vide avec une espèce de petite pyramide), la première réaction a été "uuuuh?" et la suivante a été "bwaahahahahaha !". Au point que dix minutes de ce traitement ont fait fuir les critiques assis à nos cotés. Ils nous alors franchement insultés, nous ne comprenions rien à l'Aaaaart...

Ce soir, je suis tombé sur le texte suivant. Une interview d'Anne Delbée qui avait mis en scène ce Phèdre :

Le décor était un champ de neige qui recouvrait tout, avec deux chevaux cabrés de Versailles, pour faire entendre au public que la passion est authentique chez Racine, où la glaciation a quelque chose de brûlant, mais aussi parce qu’en 1979, un de mes assistants était allé mourir en Islande dans la neige, ce qui m’avait beaucoup marquée.

(...)

Cela surprit mais Phèdre scandalisa quand [la protagoniste] jeta tous ses vêtements sur « que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent » et parut toute nue avec le corps bronzé radieux d’une petite-fille du Soleil. Ce n’était pas une provocation de ma part, mais je voulais montrer la domination de la chair sur Phèdre et j’allais jusqu’au bout cette fois-ci.

Ah ça j'avoue que la métaphore de la mort en Islande m'avait échappé... Quant à la nudité de Phèdre qui n'était pas une provocation, je pouffe.

Cette Phèdre a été la risée de tous les élèves de Sup et Spé de la région parisienne pendant deux ans, et je me souviens de critiques particulièrement acerbes dans la presse écrite.