J'ai découvert ce matin avec stupeur la dernière interview en date de Pascal Nègre. Je dis bien stupeur car plus je la lisais, plus je secouais la tête en pensant "ce n'est pas possible de mentir ou raconter des bêtises à ce point". J'ai twitté sur le sujet dans la foulée, cela s'est pas mal diffusé :-) Globalement, l'opinion qu'ont les internautes de Pascal Nègre n'est pas flatteuse, et je reste poli. Je vais donc reprendre ici certains de ses propos et les commenter...

Lorsque j'ai commencé mon métier, le disque vivait quatre révolutions : l'arrivée du CD, les radios libres, la publicité télé, et la baisse de la TVA. Aujourd'hui, avec les supports dématérialisés et  le buzz internet pour parler de nos artistes, je vis de nouveau une révolution. La différence, c'est qu'à l'époque il n'y avait pas de piraterie. Ben tiens. Soit Pascal Nègre est précocement touché par un Alzheimer, soit il prend son interlocuteur - et les français avec - pour des cons. La piraterie musicale via la cassette Philips était galopante et les magasins Tati, qui vendaient les cassettes audio les moins chères de Paris, étaient les fournisseurs attitrés de tous les pirates musicaux. Certains revendaient leurs copies. Tous les gamins, du temps des débuts professionnels de Pascal Nègre, enregistraient leurs chansons préférées à la radio pour ne pas acheter le disque, puis refilaient l'enregistrement aux copains.
Et puis la copie de cassettes vidéo VHS n'a jamais existé non plus. Comme les enregistrements de films ou émissions télévisées qu'une personne fournissait parfois à des dizaines.
La photocopie non plus n'a jamais existé. Par exemple celle qui a permis pendant des années à des centaines d'enseignants de copier des passages de livres ou journaux largement plus grands que ceux tolérés par le "fair use" pour les distribuer aux élèves.
Maintenant, même les geeks admettent que tout n'est pas rose sur le web et qu'il peut y avoir des problèmes.C'est loin d'être nouveau. Pascal Nègre est manichéen quand ça l'arrange. Comme si tous les geeks étaient des pirates, comme si tous les producteurs de contenus étaient vertueux. Comme si tous les Pascal Nègre n'essayaient jamais de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
La manière dont on s'est adapté pourrait inspirer d'autres industriesLes industries de la production et de la distribution de musique et de films se sont adaptées de la manière la plus catastrophique qui soit, par un protectionnisme débridé. Les DRMs, que tout le monde abandonne désormais, ne sont pas arrivés par la volonté des usagers. Les protections anti-copie des CDs, qui m'ont empêché un jour de lire un CD acheté à la Fnac dans l'autoradio de ma voiture, étaient une connerie sans nom. Les codes régionaux des DVDs, abandonnés pour le Blue-Ray, ont été également une erreur grave.
Ces industries ont oublié d'où elles venaient, ont fait table rase du passé en omettant le fait que la musique et la vidéo ont TOUJOURS été copiées à outrance, mais que la recherche de meilleure qualité ou de la nouveauté ramenait toujours le consommateur vers l'achat.
Être pro-actif, pour l'industrie du disque et du film, cela aurait été d'inonder le marché du téléchargement avec des copies de basse qualité, genre ce que l'on obtenait en enregistrant la radio FM : micro-coupures, publicité, échantillonnage réduit.
La posture dé défense prise par la musique et le cinéma ne doit aucunement inspirer une autre industrie, sauf bien entendu une industrie suicidaire...

Ce sont les industries du disque et du film qui me font payer une taxe sur la carte mémoire que je mets dans mon appareil photo et qui ne voit jamais une musique ou un film. Ce sont encore elles qui profitent des taxes que je paye lorsque j'achète un disque dur pour les sauvegardes de données de mon entreprise, sur les CD et DVD vierges que j'achète pour mes sauvegardes. Et leur plus belle arnaque, c'est quand même la taxe sur les lecteurs MP3 : MA musique achetée par MOI sur MON lecteur acheté par MOI et je paye une taxe sur le lecteur pour "copie privée".

Quelle honte, quel scandale.
(...) le premier partenaire sérieux a été iTunes car Apple vendait aussi l'iPod. La limite, c'est que les gens se disaient qu'il fallait à tout prix le remplir quitte à pirater 10.000 titres ! Télécharger pour télécharger, c'est juste débile (...)
Cette phrase est d'une telle bêtise que j'ai hésité à la commenter. Juste débile, très précisément.
Personne ne télécharge pour télécharger. De toute manière la responsabilité de l'industrie musicale est ici immense. J'ai acheté mon premier lecteur de CD a une époque où le rayon CD de la Fnac était tout juste naissant. Un CD coûtait alors environ 100 Francs, mon lecteur de CD avait coûté pas loin de 3000 Francs, c'est-à-dire franchement cher pour l'époque mais la pénétration du CD sur le marché ne permettait pas encore les facteurs d'échelle réduisant les coûts de production. Aujourd'hui on achète une chaîne Hi-Fi complète pour le 5ème du prix de mon lecteur CD seul (c'est-à-dire en monnaie constante un effondrement quasi-total) mais le disque CD lui vaut toujours 15 euros environ (soit une chute d'environ 60%).
J'en tire deux conclusions : soit le prix du CD est monstrueusement sous-évalué aujourd'hui puisqu'il valait déjà 15 euros en 1982 et l'inflation aurait du le faire grimper à environ 35 euros en 2010, soit il était monstrueusement surévalué en 1982 et il atteint enfin un prix normal. Dans les deux cas, l'ensemble de la chaîne de la distribution musicale se fout de notre gueule et a amassé des fortunes sur le dos des consommateurs.
Ensuite, il faut savoir que les succès financent les échecs.Pierre Desproges le disait bien mieux que Pascal Nègre : ayons une minute de silence pour les collègues des Arts et du Spectacle qui n'ont aucun travail sous prétexte qu'ils n'ont aucun talent.
Je constate que cela fait un an que Hadopi a été adoptée et que le marché du disque a arrêté de chuter alors qu'il était en baisse de 10 à 15 % chaque année.C'est surtout parce que le nombre de disques produits a sérieusement chuté... L'industrie du disque s'étiole, est plus parcimonieuse et n'investit plus que sur des chevaux gagnants. Petit joueurs et musiciens en herbe, s'abstenir.
Je peux vous dire que les ayants-droits fournissent 50.000 adresses par jour.De deux choses l'une, soit Pascal Nègre essaye encore de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, soit l'inefficacité de l'Hadopi est tout simplement stellaire... Avec de tels volumes de signalement, tous les geeks de France auraient déjà reçu une lettre de l'Hadopi.
D'ailleurs si ces chiffres sont vrais, à la place de l'UMP j'aurais vraiment la trouille. 50 000 électeurs de moins par jour, ça va faire mal lors de la prochaine présidentielle...
Je rappelle que l'Hadopi coûte une véritable fortune, ne protège qu'un pouième des œuvres distribuées en France, ne regarde que les protocoles de P2P, se base sur l'adresse IP que la jurisprudence a reconnu comme étant non individuelle, pose des problèmes juridiques énormes.
J'ai toujours trouvé que Hadopi était pédagogique car on rappelle simplement à tout le monde ce que l'on n'a pas le droit de faire. Certains attendront de recevoir leur mail ou leur lettre recommandée pour s'arrêter de pirater et une minorité - quelques pour cent - persisteront. Mais mon pôôvre monsieur Nègre, y'a plus que les noobs qui s'obstinent à pirater de la musique ou du film par protocole P2P... L'Hadopi était totalement dépassée avant même le vote de la Loi !
Le piratage constaté chute ? Ah ça, si vous ne regardez que le P2P, je ne suis pas étonné :-)
L'arrivée de la "carte musique" arrive aussi au bon moment car elle va mettre le pied à l'étrier à une génération qui ne payait pas pour ses artistes. Et cela redonne de la valeur à la musique.... La carte musique, le nouvelle taxe scandaleuse sur l'ensemble des Français ? Oui taxe, car elle est payée à 50% par l'État et seulement à 50% par le djeunz. Il s'agit donc d'une subvention nationale déguisée vers les industries de la musique. Je ne peux que souhaiter l'intervention de Bruxelles en la matière.
Cela ne va redonner aucune vie à la musique. Toutes les taxes précédentes (copie privée, carte mémoire, tuner TVs, etc.) n'ont pas empêché l'inéluctable. L'industrie de la musique est morte parce qu'il s'agit d'une industrie farouchement verticale et incapable de se réinventer. La cassette audio est morte, la cassette VHS est morte, la photographie argentique est quasi-morte, le Polaroid est mort, le disque vinyle est mort. L'industrie musicale à papa est en Intensive Care Unit. Réinventez-vous, sans taxes et sans subventions, ou disparaissez. Je l'ai déjà dit, la nature a horreur du vide, vous serez remplacés très vite.