J'ai donc promis d'aborder le sujet sur ce blog ; dont acte.

Je soutiens que la copie numérique n'est ni plus aisée ni plus répandue que la copie analogique de ma jeunesse. Je vais essayer de le prouver ci-dessous.

  • les supports analogiques sont (étaient...) non seulement triviaux mais extrêmement peu chers à copier ; rien de plus facile que d'acheter en 1985 une cassette audio à 2 francs chez Tati, un double radio-cassette à copie directe à 150 Francs chez Darty (j'ai encore la facture du mien pour le prouver) et lancer une copie rapide.
  • Les gamins qui vendaient ce genre de copie dans mon bahut les vendaient 10 francs et ça s'arrachait comme des petits pains chauds. Les copieurs ne faisaient pas une ou deux copies, mais des dizaines. Je me souviens parfaitement d'un album d'Earth Wind & Fire qui a atteint plusieurs centaines de copies vendues par un gamin et là je ne parle que de la cour de MON bahut. Il inondait tout l'Ouest de paris, du 6ème au 16ème arrdt.
  • les supports analogiques ne demandaient quasiment aucune compétence technique pour la copie : quoi de plus simple que de mettre un support déjà enregistré, un support vierge et d'appuyer sur un bouton de copie directe, audio ou vidéo.
  • certes les supports analogiques ne transitaient pas par l'Internet. Mais ils ont toujours transité par les clubs de location vidéo et les bibliothèques dont les fonds audio ont toujours été une source majeure de piratage. J'ai toujours vu des foyers littéralement inondés de copies pirates sur cassette audio ou vidéo de location en bibliothèque ou club video.
  • je ne connais PAS UN SEUL enfant de ma génération capable de m'affirmer sans mentir qu'il n'a jamais enregistré les radios FM et partagé - illégalement donc - son enregistrement avec les copains/copines. Pas un seul. Je ne connais aucun adulte de la génération de mon enfance qui n'ai donné ou reçu une copie illégale d'une cassette audio. L'Asie et l'Afrique sont remplies de copies des K7 audio occidentales depuis les années 60.
  • Certes on n'avait pas encore bittorrent ni les formats de données compressées, mais j'affirme que le piratage de musique était encore plus monnaie courante qu'aujourd'hui. L'aire de diffusion géographique d'une copie était seulement plus restreinte et la diffusion était moins rapide mais le piratage était bien plus commun dans l'ensemble de la population.

La copie numérique, elle:

  • réclame du matos autrement plus complexe que le radio-cassette ; le piratage vient principalement des ordis connectés à l'Internet. On ne manipule pas un ordi sous Windaube et eMule comme on appuie sur la touche Record d'un radio-cassette. On ne casse pas les DRM d'un AAC comme on met une cassette dans une boom-box. Mon paternel, âgé de 82 ans, a déjà aisément copié des cassettes Philips dans sa vie ; si je lui demande de me sortir un MP3 de l'iPod que je viens de lui offrir pour m'en faire une copie, il va y avoir comme un blanc...
  • il est donc techniquement difficile voire impossible de pirater pour une partie de la population qui avait autrefois possibilité de le faire ; la technique ne leur est tout simplement plus accessible.

Le piratage a changé de nature. Il s'est simplifié par certains aspects et considérablement compliqué par d'autres. Mais une chose est certaine : il est là depuis belle lurette et date de bien avant l'avènement de l'Internet. La faute, la très grande faute de l'Industrie de la Musique et du Film est d'avoir refusé pendant dix longues années de prendre en compte cet existant et d'être réellement pro-active. Aucune mesure de prévention ou d'accompagnement du passage au numérique n'a été prise par les majors. La prospective économique chez les majors, ça doit être réduit à un stagiaire qui porte le café et fait les photocopies. Tout CEO qui se respecte aurait du se rendre compte AVANT l'inondation MP3 sur Internet que la donne avait changé et qu'il fallait donc porter EN MASSE aux internautes des versions "light" des œuvres pour qu'ils soient naturellement attirés vers des versions plus complètes et de meilleure qualité. Inonder les serveurs de telles versions light dès le début aurait immanquablement noyé dans la masse le piratage de versions complètes. Mais non. On a préféré protéger, DRMiser, rendre les CDs illisible sur PC, etc. On a préféré un mode "sustain" à un mode "disrupt". Cela ne pouvait que se casser la gueule.

Ah, au fait, un léger détail que Nègre et Chulvanij aiment à répêter : certains téléchargeraient juste pour télécharger. Bon donc ils n'écoutent pas ce qu'ils ont téléchargé, c'est bien cela ? Donc ils n'auraient jamais acheté. Donc cela est sans effet sur l'industrie du disque. CQFD. Désolé.

Je n'aurai aucune mais alors aucune pitié pour les producteurs, les artistes, les ayant-droit et les collecteurs de droits. Tout ce petit monde a perdu ma confiance depuis l'instauration de la taxe pour copie privée et de toutes les tentatives ultérieures de ponctionner le contribuable en profitant de liens privilégiés avec le pouvoir. Qu'ils disparaissent, la nouvelle génération de l'industrie prendra la place bien vite... Ils croient vraiment que Spotify va s'arrêter à la distribution ? Faudrait être con, eh !!!

Mise à jour: Oncle Tom rappelle dans les commentaires que le piratage de logiciels n'a pas attendu l'Internet. Je plussoie à 100%. La Wildcard chauffait dans mon Apple ][ et les soirées du Club Microtel d'Issy-les-Moulineaux existaient avant l'Internet et les BBS...