Avant de râler épidermiquement comme le PS contre Sarkozy et son gouvernement dans la proposition de remise à plat des accords de Schengen, il ne faut pas oublier que tout cela est la faute de Berlusconi : le gouvernement italien a décidé de fournir des passes Schengen à la totalité des immigrés nord-africains présents à Lampedusa ou dans les autres camps d'accueil italiens. Or il semble qu'une majorité sinon la quasi-totalité des réfugiés veuille se rendre en France... Bref, Berlusconi a tenté un coup de force reportant la charge du problème sur les autres pays de l'Union. Berlusconi n'est pas, mais on ne le découvre pas aujourd'hui n'est-ce pas, un interlocuteur fiable. Il l'est encore moins que Sarkozy. On est donc désormais non seulement dans un souci d'immigration débridée de réfugiés économiques, mais également dans un face-à-face franco-italien. Encore une fois, à l'initiative italienne.

Il faut voir plus loin que le petit bout de son nez. Berlusconi, en distribuant généreusement et sans accord des autres pays des milliers de passes Schengen à des personnes ne souhaitant pas résider en Italie, a donné un gigantesque coup de pied dans la fourmilière. Désolé, mais il faut avoir le courage de le reconnaître, oui, Schengen est ici défaillant. On n'a probablement jamais envisagé ce cas de figure, dans cet ordre de magnitude, en ouvrant l'espace Schengen.

Les gesticulations françaises du moment ne sont qu'une démonstration à l'adresse du gouvernement italien. Ah vous voulez nous foutre dans la merde en nous envoyant des milliers voire des dizaines de milliers de réfugiés que nous n'avons pas accepté ? Bien, jouons donc... Les gesticulations passées, tout ce beau monde va s'asseoir autour d'une même table, on va être très polis et souriants en mettant de côté les fanfaronnades, et on va mettre au point une collaboration européenne pour que ce genre de bêtises ne se reproduise plus. La diplomatie passe aussi, parfois, par la démonstration de ses griffes ou l'affichage clair d'une manifestation de mauvaise humeur. C'est le cas aujourd'hui.

Rien de grave, brave gens. Restons calmes et respirons par le nez.