Tranche de vie à Pôle Emploi
By glazou on Monday 10 October 2011, 12:30 - Franchouillardises - Permalink
Mon expert-comptable a ses bureaux juste au-dessus du Pôle Emploi de Saint-Germain en Laye. Au moment où j'arrive sur la plate-forme extérieure donnant accès aux escaliers, une jeune femme frêle sort en pleurs, titubante, de Pôle Emploi. Visage défait, tenant à peine debout. Je m'arrête évidemment et lui demande si elle a besoin d'aide. Évidemment, elle avait besoin d'aide. En tous cas, de quelques minutes de réconfort. Son histoire est simple, et sordide à la fois : elle a été licenciée, et Pôle Emploi lui refuse les indemnités chômage parce que son employeur a magouillé tous les chiffres qui ne reflètent pas ses salaires et licenciement. Seul conseil de Pôle Emploi : portez plainte aux Prud'hommes. En attendant, la jeune femme est sans ressources, dans un secteur où la ré-embauche rapide sera difficile. Je l'ai un peu consolée, les larmes ont séché, j'ai donné quelques conseils pratiques immédiats, et elle est partie chercher quelque chose à manger, proche de l'hypoglycémie. J'en avais les tripes nouées, une horreur. Si une personne licenciée peut sortir de Pôle Emploi dans cet état-là alors que c'est là-bas qu'elle devrait trouver la meilleure aide pour sa situation, il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume de Pôle Emploi. Sigh.

Comments
Je dirais plutôt qu'il y a quelque chose de pourri aux royaumes des sociétés... Sa situation semble bien plus précaire du fait de son ex-boîte que du Pôle Emploi (même si je ne liste plus le nombre d'histoires de radiations hasardeuses, de mois de pénalités et autres dossiers perdus à mettre dans la balance du Pôle Emploi...)
En Belgique, quelqu'un qui est en conflit au tribunal du travail peut recevoir des allocations à titre provisionnel. Ca évite au moins la situation dans laquelle se trouve la personne que tu as rencontrée.
En effet c'est écœurant. Apparemment ce n'est pas le rôle du conseiller de Pôle Emploi, que de fournir le téléphone des Prud'hommes, voir même de les appeler pour elle et de lui prendre rendez-vous immédiatement. Ce serait tellement humain.
Et ce n'est pas anecdotique, hélas. Les abus des employeurs sont nombreux, et les prud'hommes ne permettent pas de vivre dans les mois qui suivent le licenciement/démission forcée ...
Et ajoutons pour bien saper le moral que saisir les prud'hommes en coûtera dorénavant à cette malheureuse 35 €.
@Nabellaleen
"Les abus des employeurs sont nombreux"
Il faut arrêter sur les lieux communs à deux balles. Les abus sont nombreux de tout bord, et d'une manière générale partout où on les laisse s'installer. Mettre en permanence la souffrance de l'employé face à la méchanceté du patronat, ça commence un peu à durer. Des exemples d'employés qui ruinent leur TPE par pur intérêt personnel, ça existe aussi, crois-moi.
Le vrai sujet ici c'est qu'un service public puisse à se point manquer d'humanité qu'une personne puisse en sortir dans cet état sans même un début de solution pratique. Ça c'est vraiment dramatique. Mais vu l'état de misère morale qui règne à Pôle Emploi, ce n'est pas non plus spécialement surprenant.
@Ulhume
Ok merci Grégoire.
Je conseille aussi un passage aux Assedics où (en tout cas là où je suis allé) tu te retrouves face à une foret de téléphones que tu dois utiliser pour espérer entrer en contact avec quelqu'un afin d'avoir des informations sur ton dossier. Impossible de rencontrer quelqu'un, que des téléphones avec un parcours pré enregistré. Tout cela dans un grand hall, vide d'employés, que des chômeurs errants, annonçant leurs choix au téléphone...
Alors, chanceux, je savais que ce n'était que pour quelques temps, mais ce fut un drôle de moment. La dernière fois que j'ai du y aller pour régulariser un papier quelconque alors que j'avais déja retrouvé un job, j'ai même amené quelqu'un pour m'assurer d'avoir un témoin...
A la limite je suis sûr qu'on peut tenter le coup sans être concerné mais juste pour voir ce dispositif inhumain.
C'est simplement le résultat d'une politique d’appauvrissement des services publics au profit des investisseurs privés (souvent de grands groupes français) qui, dans les starting-blocks, attendent patiemment leur heure... les Missions Locales et le Pôle Emploi sous-traite déjà une partie du suivi des demandeurs au entreprises privées pour un coût plus élevé que le service public...
C'est tout simplement scandaleux ce qui arrive à nos services publics
@Redlight c'est également le cas en France, si elle débute une procédure aux Prud'Hommes elle aura alors droit aux allocations chômage.