Le 22 avril 2012 aura marqué plusieurs explosions, en public. Avant de revenir là-dessus, permettez-moi juste de coller ici un lien, ce n'est quand même pas tous les jours que je suis cité par le New York Times (en bas d'article) :-)

Le premier tour, donc...

En ordre chronologique dans la journée, la première leçon est que j'adore les français, ces frondeurs emmerdeurs. Le tag #RadioLondres a été tout au long de la journée un gigantesque et sympathique foutoir qui m'a fait plus d'une fois exploser de rire (par exemple avec "Carla B. aurait changé son profil Facebook de 'mariée' à 'c'est compliqué'..."). Mais quand #RadioLondres a diffusé des chiffres, ceux-ci n'étaient pas des sondages... Ils étaient soit des résultats d'outre-mer, soit des résultats agrégés à partir de bureaux tests (dixit tous les instituts de référence). Ils ne tomberaient donc pas sous le coup de la Loi qui interdit seulement la diffusion des sondages et estimations scientifico-pifométriques. Vers 15h, les medias étrangers non francophones eux-mêmes (je suivais des néerlandais et des espagnols par exemple) se sont mis à utiliser #RadioLondres dans tous leurs tweets sur l'élection française... Juste incroyable.

Quand aux résultats eux-mêmes, j'ai bien écouté tout ce qui s'est dit hier soir et ce matin et plusieurs constatations s'imposent :

  1. contrairement à ce qu'affirme l'UMP dans une tentative désespérée de méthode Coué, c'est très, vraiment très, mal barré. Pas moins mal barré qu'initialement prévu, juste différemment. Je vais expliquer ci-dessous pourquoi.
  2. il y a un contentieux fort entre le PS et le FG et le FG espère peser au maximum sur les législatives. De là à affirmer comme l'a dit Mélenchon hier soir que le FG est durablement installé dans le paysage pour devenir une nouvelle force de gauche qui compte, il y a un pas. La totalité du score ou presque du FG tient au seul fait que leur candidat était Mélenchon, ne l'oublions pas. Il ne faudrait pas qu'il fasse une crise cardiaque hein, le FG reviendrait vite à 2%... Mais bon, Mélenchon a quasiment multiplié par dix le score de la gauche de la gauche en un an, c'est un exploit rarissime. Il faut dire que l'homme est un sacré tribun. Parfois un sacré repoussoir mais sans aucun doute un sacré tribun.
  3. la stratégie de drague des électeurs FN réalisée au cours de ces cinq ans par Sarkozy et son équipe et surtout par Buisson, son conseiller ancien de Minute, au cours de la campagne, est un échec évident. Draguer le FN, cela renforce le FN et cela fait bien longtemps qu'on le sait. Ce qui est inquiétant, c'est que Copé hier soir en a remis une couche très nette, exactement dans la même ligne, sans changer un iota. Soit Copé la joue solo et souhaite la défaite de Sarkozy pour être le candidat de la droite républicaine en 2017, soit l'UMP a vraiment des oeillères obturantes sur les yeux. C'est complètement con parce que le FN n'est désormais plus susceptible d'être sensible à la drague ; ils parient sur la décomposition de l'UMP, explosée en vol par son candidat, et la mise en position du FN en tant que nouvelle force de droite nationale. Je prends d'ailleurs le pari que le FN changera de nom dans les douze mois vers quelque chose comme "Bleu Marine" ou "Nouvelle Droite". Les électeurs du FN ne voteront pas majoritairement Sarkozy, même pour barrer la route à Hollande. Au contraire, ils sont clairement prêts à voter à gauche pour éjecter Sarkozy, tuer l'UMP et donner une chance au FN... Je m'attends donc à des chiffres de report étonnamment mauvais du FN sur l'UMP, et étonnamment hauts du FN sur le PS...
  4. l'absention a été faible pour deux raisons. Une première qui a été citée : les électeurs sarkozistes sont inquiets et se sont déplacés massivement pour soutenir ce candidat ; effet de bord: Sarkozy n'a aucune réserve d'abstentionnistes. Une seconde qui n'a pas été citée : les électeurs FN - et c'est très visible sur certains chiffres locaux - se sont massivement déplacés pour aller voter hier. Il y a une vraie stratégie FN d'attaque de l'UMP et de son candidat. Transiger avec le FN sera impossible, probablement même en sous-main.
  5. la seconde stratégie de l'UMP d'extinction des candidats alternatifs de droite (Borloo, Villepin, Morin, Boutin et autres) a coupé toute réserve de voix. Si je pense que 60% des électeurs de Bayrou se dirigeront vers Sarkozy, cela reste faible, très faible. Les électeurs de Bayrou n'aiment pas, du tout, Sarkozy. Il reste donc Dupont-Aignan et son mouchoir de poche.
  6. certains résultats locaux de Marine Le Pen sont hallucinants... Je pense à un bled rural et pavillonnaire, loin de toute cité et probablement de toute immigration, à l'insécurité probablement inexistante, et qui a voté à plus de 49% (je dis bien quarante-neuf) pour Le Pen. Un tel score est une tâche indélébile sur le bilan de Sarkozy et Guéant.
  7. personne n'est dupe à l'UMP : le rejet ne porte pas sur l'UMP mais sur la personne même de Sarkozy et sur l'arrogance qu'il a insufflée à ses troupes. Or ses troupes justement ont continué dans l'arrogance hier soir, arrivant presqu'au pugilat sur les plateaux télés. Juppé, Copé, Morano, Barouin ont été en-dessous de tout. Reprenant exactement leurs postures du premier tour, sur les mêmes lignes précisément. Même NKM qui nous habituait à plus de retenue et intelligence a été très très limite hier soir. Étonnamment, la seule personnalité de droite à débattre avec dignité a été hier soir Rachida Dati... Warf. L'UMP sous-estime très gravement le rejet de la personne de son candidat ; l'UMP aurait pu gagner cette élection, si. Mais avec un autre candidat.

L'un dans l'autre, les premières estimations post-premier-tour donnant Sarkozy à 46% au second tour sont non seulement exactes mais ce sont donc des maximales. En l'état actuel des choses - je dis bien en l'état actuel des choses - et en supposant que les reports marchent BEAUCOUP mieux que ce que je détaille ci-dessus, Sarkozy arrive à 46%... C'est donc, comme je le disais, vraiment très mal barré. Sur le papier, et à moins d'une erreur énorme de François Hollande, Sarkozy a perdu.

Mise à jour : ah oui, j'oubliais quatre choses:

  1. tout d'abord les fameux trois débats proposés par Nicolas Sarkozy ; absolument pathétique, tout simplement hallucinant de n'avoir que ce genre de minablerie à proposer. J'attendais de Sarkozy dont la campagne 2007 avait été si bonne plus d'efficacité en 2012. Visiblement, c'est la panique à bord et du grand n'importe quoi.
  2. ensuite sa fin de discours... Quand il a repris la parole sous les vivats, on aurait dit un message d'adieu. Genre "on a perdu mais vous avez été fabuleux". On m'a dit qu'Anne Sinclair a fait exactement la même analyse sur BFM TV. Ce moment était étonnant, je n'en revenais pas.
  3. enfin un coup de chapeau au jeune journaliste de France 2 qui a percé l'intimité de la séance de travail de François Hollande avant son discours. Je ne crois pas avoir jamais vu une image pareille en trente ans de suivi de soirées électorales. Je ne me rappelle pas du nom de ce jeune homme, mais j'espère qu'il a un CDI à France 2 et qu'il a reçu les chaleureuses félicitations (et une belle prime) de sa rédaction. Chapeau l'artiste, bien joué. Si vous bossez pour France Télévisions et le connaissez, merci de transmettre.
  4. le PS et l'UMP peuvent remercier les Verts. Dans leur complète incapacité à se doter d'un candidat ou d'une candidate même correcte, ils ont grandement facilité la marche des choses pour les deux candidats principaux. Je recommande aux écolos de tout poil de bien réfléchir au fait que depuis vingt ans, JAMAIS l'écologie n'a été aussi peu présente dans une campagne électorale. Cela dit quoi sur les processus internes d'EE-LV et sur ses primaires ?