Alain Juppé est un homme intelligent. Très intelligent même. Très fin, subtil, érudit. Droit dans ses bottes aussi. Accessoirement le copain d'enfance du père de mon plus vieux pote. Et aussi malheureusement un habile utilisateur de la langue de bois. Je viens de lire une interview de lui assez intéressante dans Le Monde et je souhaiterais y répondre, à ma modeste mesure.

(Alain Juppé) La principale explication de cette poussée de la gauche particulièrement forte, c'est le calendrier électoral qui fait que la présidentielle commande tout
(mon commentaire) Absolument mais nous ne l'entendons pas de la même manière. Estrosi a affirmé hier que le sarkozysme n'est pas mort. Si. Et c'est l'anti-sarkozysme qui a donné le ton hier. Les français ont décidé, fermement, de tourner la page. Lors du soir du premier tour, les ténors de l'UMP s'usaient à répéter que "la vague rose n'a pas eu lieu". Si. Non seulement une belle déferlante mais pour utiliser un mot bien connu d'un bordelais, un vrai mascaret qui a profondément inondé les terres.
D'autre part, l'argument utilisé par les socialistes pour faire peur aux Français en brandissant le spectre de la cohabitation a fonctionné.
En partie, oui. Copé Premier Ministre de cohabitation a clairement été un repoussoir. Mais même si les parlementaires sont des "Députés de la Nation", les électeurs en font clairement aussi un enjeu local, il ne faut pas l'oublier.
soit on interdit le Front national, soit on estime qu'un élu est un élu
C'est marrant mais Alain Juppé n'a pas du tout la même position vis-à-vis de l'extrême gauche. Son grand écart m'est ici insupportable, surtout quand comme lui on a une culture historique et littéraire et que l'on sait très précisément d'où vient et où reste l'extrême-droite française.
ce parti n'a jamais clarifié ses positions sur l'antisémitisme et la Shoah ; de programme, car on ne peut pas s'entendre avec un parti qui prône la sortie de l'euro
Et c'est tout ? Il oublie un peut trop facilement que l'extrême-droite française est fondamentalement anti-parlementariste et anti-républicaine. Qu'elle utilise depuis l'après-guerre les ressorts de la démocratie pour abattre la démocratie. Un parti républicain ne peut en aucun cas accepter la moindre collusion avec eux. En aucun cas.
D'un autre côté, nous ne pouvons pas nous allier avec une gauche que nous combattons
Marrant ça. Alain Juppé le gaulliste historique qui nous explique que la gauche républicaine de 2012, donc d'après la chûte de l'URSS, est moins respectable que celle incluant des staliniens pur jus avec laquelle de Gaulle a travaillé après-guerre. C'est du très petit Juppé, de la basse langue de bois. Quand la situation dérive vers les chemises brunes, on fait front (sans mauvais jeu de mots), tous, ensemble. Point.
Ça dépend des cas. Si le candidat socialiste est un social démocrate fréquentable, pourquoi pas. Si c'est un excité mélenchoniste, certainement pas.
Je comprends la position d'Alain Juppé. Mais la question faisait référence à NKM, qui a tout de même opéré un virage sur l'aile absolument hallucinant, et pas mal honteux, pour se maintenir à l'Assemblée par un fil très ténu.
J'attends d'entendre le gouvernement sur la croissance car, pour l'instant, il n'est que dans l'incantation
Bah oui, l'Assemblée précédente ne travaillait plus, la nouvelle n'était pas encore élue et tout le monde focalisait sur les élections. Normal donc.
Il y a un trouble dans notre électorat
Ce n'est rien de le dire. Le nombre d'électeurs historiques UMP autour de moi absolument dégoutés par la dérive Buisson de l'élection présidentielle et de l'élection d'hier est ahurissant. Certains m'ont même promis, je cite, de ne plus jamais revoter pour un parti qui s'est compromis à ce point avec l'extrême-droite.
...assistanat...
Quand on est aux responsabilités depuis 30 ans, qu'on a échoué à juguler le chômage et la crise, qu'on vit dans les Ors de la République, qu'on avait coffre ouvert chez Louise-Yvonne Casetta, qu'on a possédé une des villas les plus belles et les plus chères du lac d'Hossegor, qu'on n'a jamais vécu un chômage de longue durée ou la dure réalité des banlieues défavorisées, il vaut mieux éviter de dire que les chômeurs et autres laisser-pour-compte des échecs gouvernementaux (gouvernements auxquels on a souvent participé) successifs sont des assistés... Cela fait désordre, vraiment.