L'état investit donc deux fois 75 millions d'euros dans deux entreprises françaises censées fournir un service de cloud pérenne aux administrations et PME hexagonales. Le tout pour "garantir" la sécurité des données, leur pérennité, leur accès rapide, etc. Considérons tout d'abord l'aspect sécurité et pérennité :

  • ce n'est pas parce que l'état met 150 millions de brouzoufs sur la table que les deux projets financés seront pérennes. En particulier face à des acteurs fortement implantés et reconnus du secteur. Il existe déjà des offres cloud en France sérieuses, efficaces, à prix raisonnable. L'état aurait pu préférer un contrat-cadre avec ces entreprises déjà implantées, avec une contrepartie d'embauches et tout.
  • quasiment aucun des matériels utilisés dans le cloud ou un data-center n'est originaire de France, avec nos propres VLSI, notre sécurité. Nous utilisons tous des matériels américains, chinois, taiwanais dont la sécurité réelle reste sujette à caution. Oui, je parle de backdoors, clairement.
  • qu'est-ce qu'un réseau sécurisé s'il passe par les tuyaux globaux des opérateurs et dépend de protocoles gérés en partie à l'étranger ? Le futur cloud des collectivités et PME est)il à l'abri d'une congestion violente du réseau pour une raison ou une autre ?
  • pire pour moi, on continue à subventionner d'une manière ou d'une autre, les très grands opérateurs alors que tout le monde sait depuis des années qu'une des clés de notre développement passe par les PME et l'innovation. On le fait de plus sur un projet qui n'est pas critique. Moi qui souhaitais que l'on pense différemment pour attaquer la crise différemment, je suis assez dépité...

J'ai déjà parlé ici de mon idée de sélection et investissement dans les projets estudiantins. Qu'il faudrait faire remonter tous les projets de fin d'études innovants vers un comité ad hoc. Que les projets retenus recevraient un financement, par exemple dans un partenariat public+privé. Que pour cela il faut une carotte, par exemple 1/5ème de la somme allouée irait au département universitaire d'origine du projet. En fonction du type de projet, les sommes alloués aux projets retenus pourraient aller de 10k€ à 50k, soit de 8k€ à 40k€ pour les auteurs du projet lui-même et de 2k€ à 10k€ pour l'université d'origine.

Avec un tel mécanisme, et sur la base des 150 millions pré-cités, on peut financer sans aucun doute plus de 6000 (je dis bien six mille) et probablement près de 8000 entreprises !!! Plus encore si le privé participe aux investissements.

Alors comparons et parlons emplois immédiats et futurs, tissu industriel, compétitivité, pôles d'innovation, création de valeur, brevets, royalties, etc. Personnellement, je n'ai aucun doute : les deux projets de cloud à la française sont sans intérêt ; ces 150 millions d'euros auraient pu être bien mieux employés.