Je viens de retrouver, sur le Web évidemment, mon prof de Dessin du collège de la 6ème à la 3ème. Collège Grenier s/l'Eau à Paris. On dirait aujourd'hui Arts Plastiques je suppose. Cet homme est toujours vivant, appelons-le JD. Il nous regardait de très haut, lui le vrai artiste qui s'abaissait à devoir enseigner à des chiards. Il faut dire que quand il est tombé sur moi, il est tombé sur un gamin pas comme les autres : j'avais plusieurs années de moins que tout le monde et je n'avais que très peu dessiné. Après les premiers travaux dirigés en classe, dès le mois de septembre de la 6ème, le verdict est tombé, péremptoire, cassant, définitif : « Glazman, vous n'arriverez jamais à rien dans cette matière ». Pendant quatre très longues années, JD s'est consciencieusement appliqué à ne jamais rien m'apprendre ni à jamais me faire progresser. Je dis bien jamais. Il passait derrière moi de temps en temps et maugréait un « ahlala ». Il n'a consacré son temps de classe qu'à ceux qui avaient déjà un petit talent ou une petite réussite. Les autres, les gribouilleurs, n'étaient pas au niveau d'un artiste de son talent. Alors qu'un enseignant digne de ce nom aurait tenté de donner un niveau minimal à sa classe, lui s'emmerdait à enseigner à des mioches, c'était visible comme le nez au milieu de la figure.

Trente-quatre ans plus tard je suis toujours une bille en dessin, en grande partie à cause de JD qui non seulement ne m'a rien appris mais m'a surtout totalement découragé. Pourquoi me faire chier à savoir dessiner ou peindre en me faisant quasiment insulter alors que je torchais les devoirs de maths et physique deux fois plus vite que les autres. Quand mes enfants me parlent de leurs notes en Arts Plastiques aujourd'hui, je cache difficilement un sourire devant mon désintérêt total.

Au même moment, mon prof de sport de ces quatre mêmes années de collège, qui nous demandait de l'appeler M. Serge (son prénom) à cause de l'imprononçabilité totale de son patronyme que nous n'avons jamais connu, n'a jamais laissé tomber le poussin que j'étais quand les autres étaient minimes. Il m'a appris à nager, à grimper, à courir, m'a encouragé sur le 1500m que j'aimais.

Parents, si votre enfant a un prof du genre de mon prof de dessin, quelque soit la matière, agissez. Un enseignant qui ne s'occupe que des talents et pas des autres n'est pas un enseignant ; le fautif c'est lui/elle, pas votre enfant.