Quand je vois un article de Pierre Chappaz apparaître sur son blog « Libertarien », je m'inquiète avant même de l'avoir lu tellement c'est en général du grand n'importe quoi. Le dernier opus, « Retour au pays? » n'échappe pas à la règle. Nota bene pour Pierre Chappaz qui ne manquera probablement pas de lire ces lignes à un moment ou un autre : en typographie française, il y a un espace entre "pays" et le point d'interrogation... Et encore, je vous évite le quart de cadratin (insécable puisque c'est du cadratin n'est-ce pas), voilà voilà.

Pierre Chappaz oublie juste de mentionner que la fraude fiscale aurait comblé - et continuerait à combler - en grande partie sinon totalement le déficit de la France. Je ne parle pas ici des évadés fiscaux, qui sont des animaux qui ne feront pas pleurer ; en effet quand on a les moyens de se barrer en Suisse ou ailleurs pour protéger ses avoirs, c'est qu'on a aussi les moyens de payer ses impôts en France et qu'on ne veut en général pas, une preuve de civisme exemplaire. Je ne suis en général pas trop affolé par ceux qui se tirent en criant « ça vaaaa paaaaaas » puis donnent des leçons depuis leur retraite dorée. La leçon numéro un étant évidemment qu'ils rentrent si et seulement si leurs conditions ultra-favorables sont acceptées. On passera évidemment sur le fait qu'elles ne sont favorables qu'à eux, les petites gens elles ne devant pas râler si leurs conditions déjà mauvaises se dégradent franchement au bénéfice de ceux qui sont déjà plein de thunes, tellement plein de thunes que la plupart des français n'arriveront pas au centième de leur patrimoine en une vie de labeur...

Qu'on ne se trompe pas, ce qui précède n'est pas un discours de gauche. C'est un discours de ras-le-bol. J'en ai ras la casquette de ceux qui n'essayent rien **ICI** et nous expliquent comment faire depuis **LÀ-BAS**. Dans tout ce qu'il a proposé, « supprimer l’ISF, diminuer l’impôt sur les plus-values et les bénéfices des entreprises, ainsi que les charges sociales. Pour financer, il faudrait s’attaquer à l’armée des fonctionnaires inutiles, aux parasites qui abusent de l’assistanat, ou encore aux élus et ministres en surnombre. », il n'y a que trois choses de valables:

  • supprimer l'ISF. Oui, absolument. Mais pas parce que ça fait fuir du monde. Juste parce que c'est con, que ça coûte quasiment plus cher que ça ne rapporte vu la complexité du dispositif et surtout ses effets ultra-pervers sur par exemple des agriculteurs au SMIC.
  • s'attaquer à l'armée des fonctionnaires inutiles. Oui mais non. Ce n'est pas aux fonctionnaires qu'il faut s'attaquer mais à la structure qui les embauche, le mille-feuille institutionnel qu'est notre pays et qui amène par exemple aux livres de Zoe Shepard. En clair et en décodé, c'est à nos élites qui ont créé ce mille-feuille qu'il faut s'en prendre.
  • diminuer les charges sociales. Oui, il a raison. Mais s'il a bien vu les symptomes, il a tort sur le diagnostic. Les charges sociales sont élevées à cause de tous ceux qui se sucrent sur les entreprises et particuliers, organismes privés recevant un pourcentage des charges prélevées, de la Sécu qui ne peut être qu'éternellement déficitaire tant que le Ministère de la Santé sera à la botte des laboratoires médicaux (ne me dites surtout pas que c'est une surprise pour vous hein...). On peut diminuer les charges sociales sans diminuer la qualité des remboursements pour les usagers, aucun problème. Évidemment, je conseille fortement à celui ou celle qui s'attaquera à ça de porter un gilet pare-balles et s'entourer de quelques gardes du corps. Je suis très sérieux...

Le reste, c'est du pur délire ulta-libéral sans aucun intérêt constructif. On ferait bien mieux de réformer ou même supprimer les droits de succession - ce qui est je le rappelle le cas en Corse. Cela aurait exactement le même effet que toutes les mesures stupides préconisées par Chappaz pour favoriser les retours et cela s'appliquerait à tous les français, quelque soit leur niveau de vie. Et une absence de droits de succession ne ferait pas que ramener les exilés, elle attirerait les étrangers.

Quant à la France qui s'en sortirait si ses « élites » rentraient, je me retiens de pleurer de rire. Chappaz n'a rien compris. La France crève non pas parce ses élites sont à l'étranger mais parce que ses élites, dans l'héxagone ou en dehors, n'en sont plus. Et ce n'est pas probablement pas en des libertariens qui rentreraient au pays que les Français pourraient avoir de nouveau foi. On a surtout besoin de quelqu'un déjà sur place, avec une vraie vision stratégique de moyen et long terme, capable de l'exécuter, de s'entourer de personnes capables de l'exécuter et se fichant de ne pas être réélu à cause de ça. Une perle rare donc. Je ne crois pas du tout non plus à l'injection de capitaux dans l'économie réelle que ces "rentrants" effectueraient.

Pierre Chappaz n'est resté en France que 18 mois, le pauvre, assommé par le discours anti-riche du roitelet du Fouquet's. Mais quelle horreur ! Insoutenable ! Comment ose-t'on traiter de la sorte quelqu'un qui a bâti sa célébrité sur une vente en 1999 et a investi plus ou (voire souvent) moins heureusement depuis ? Sacrebleu !

Allez, je vais faire une pause, laisser tomber mon code ce soir, et me demander pourquoi Bernard Charlès n'a pas encore déménagé a Genève ou Singapour avec sa superbe entreprise Dassault Systèmes sous le bras.

Un mot : pathétique...