Soyons clairs, BHL n'a rien compris, comme d'habitude. Il ne s'agit nullement d'une victoire du populisme, des extrêmes ou je ne sais quoi d'autre. Il s'agit de la défaite de deux fieffés connards de premier ordre et rien de plus :

  1. c'est Cameron qui a initié ce référendum, dans un pari politique plus que risqué. De nombreux politiques et industriels européens l'avaient averti du trop grand danger pris mais il n'en a eu cure. Il n'a jamais réussi à envisager sérieusement, engoncé qu'il est dans son microcosme londonien, que le reste du pays puisse lui envoyer une claque. Ben tiens...
  2. Jusqu'à la dernière minute possible, il est établi que Boris Johnson a hésité entre le camp du Remain et celui du Leave. Il a choisi ce dernier par pur calcul politique. Lui non plus n'avait aucun plan relatif à la victoire du Leave, c'était tout simplement une impossibilité statistique pour lui. Quel bouffon.

Je n'y ajoute pas Farage. Lui a été parfaitement dans son rôle, prévisible et attendu. Une ordure, oui, mais exactement l'ordure que l'on savait et attendait.

Certes, certes, ces deux andouilles à 1% de matière grise entraînent juste la totalité d'un pays dans leur abîme. Mais cela ne fait que commencer... Le Royaume-Uni va exploser, la Reine ne va constitutionnellement rien pouvoir y faire, la société anglaise va se mettre sur la gueule, les grands partis politiques anglais vont pourrir sur pied, les Anglais cracheront sur Cameron et Johnson jusqu'à la fin de leur existence (très mérité, à mon humble avis). Et puis il faut ajouter plusieurs éléments cruciaux à la simple existence de ces deux insondables crétins :

  1. la presse tabloïd a été - et est encore aujourd'hui, allez voir le Daily Mail du jour par exemple - une horreur. Mensonges éhontés, attaques dégueulasses. D'ailleurs les lecteurs de ces mêmes tabloïds commencent à se réveiller... Un peu tard.
  2. le Labour a fait le job a minima, ce n'est rien de le dire. Corbyn est d'ailleurs en très fâcheuse posture.

Donc nos intellectuels et politiciens hexagonaux, quand ils appellent à une profonde refondation européenne (Valls, Le Maire, Wauquiez, etc.), sont d'une effarante hypocrisie. Contrairement à leurs affirmations, la plupart des européens sont très contents de l'être et modulo de petits ajustements mineurs, le problème n'est pas l'Europe. Le vrai problème, c'est d'une part la classe politique européenne, profondément incompétente et incapable, qui se défausse sur l'Europe en permanence, qui dévie les emmerdes vers ce bouc émissaire bien trouvé ; en d'autres temps, on aurait accusé la cinquième colonne, le parti de l'étranger. C'est minable et indigne. L'Europe n'est que la somme de ses Membres ; s'ils ne sont pas contents de ce que décide l'Europe, c'est que leur propre boulot dans les instances européennes est mal fait.

Et c'est d'autre part la non-indépendance des média, qui manipule à outrance des opinions publiques dépassées par la crise et tentant de survivre au quotidien alors que les dirigeants sont d'une affligeante nullité.

Pour revenir à BHL, je suis tout à fait prêt à le laisser partir sur le front britannique si et seulement si nos amis Anglais promettent de le perdre dans une champignonnière... En attendant, il ne faut pas oublier que la première victime du Brexit, ce n'est pas le Royaume-Uni, ce n'est pas l'Europe, ce n'est pas la Livre sterling ou l'économie ce n'est pas eux ou moi ou vous. La première victime du Brexit, c'est la parlementaire Jo Cox, assassinée et on a déjà l'impression que c'était il y a une éternité.