Je l'avoue, j'ai sans vergogne piqué le titre d'un article du Point Éco, parce que la question posée est excellente. Elle rejoint parfaitement mon propos lors de mon passage récent sur France Culture dans l'émission matinale de Guillaume Erner. Avant de lire la suite, prenez quelques minutes pour lire cet article de Libération également.

Ça y est, vous êtes prêts ? Bien. Alors voilà : contrairement à ce que raconte l'article du Point, je ne crois pas du tout que « faire appel à des start-ups » sera la solution qui permettra à l'État de cesser de dépenser entre 10 et 50 voire 100 fois (excusez du peu...) trop pour ses logiciels. Et encore, quand ils marchent, parce qu'il arrive souvent qu'ils ne fonctionnent jamais correctement voire jamais tout court.

La solution est un changement de perspective : il faut que l'État passe du « Not Invented Here » au « Invented Here ». En clair, il est temps d'arrêter de se reposer essentiellement sur des ressources externes (SSII) atrocement coûteuses mais surtout non fiables ni dans l'immédiateté ni dans la durée. L'État doit au contraire renforcer très nettement ses capacités internes de développement informatique. L'économie réalisée sur les prestations (SIRHEN ? Un demi-milliard d'euros et ce n'est toujours pas fini. LOUVOIS ? Un autre demi-milliard d'euros en tout et ça ne marche pas du tout) permettra de staffer non pas des fonctionnaires mais des contractuels de qualité payés au prix du marché. Même avec un tel recrutement contractuel et même en n'arnaquant pas l'État, la structure réalisera des gains substantiels permettant de continuer les embauches et assurer l'expansion. De toute manière, les dépenses actuelles sont telles qu'on ne peut que faire nettement mieux et donc économiser vraiment énormément. Évidemment, la structure en question devra être strictement interne à l'État, elle ne peut entrer en concurrence avec les ESNs (anciennes SSII) sur le marché global.

Internaliser évitera de perdre les développeurs et leurs compétences, assurera la pérennité et surtout la disponibilité de l'expertise, réduira très fortement les coûts et enfin améliorera drastiquement la qualité. Seule une structure pérenne, avec des gens de haut niveau payés à hauteur de leur haut niveau, peut aujourd'hui stopper la gabegie hallucinante à laquelle nous assistons. C'est parfaitement faisable et c'est faisable vite si on le veut. À bons lecteurs...