Je viens de passer plusieurs heures avec mon fils à brouter du ParcoursSup. Après avoir passé des bons moments à chercher pour lui la formation idoine. J'avais pensé, j'avais cru ne pas avoir engendré deux babasseurs pour fils mais eh, j'ai été rattrapé par la réalité... Le premier écrivait son premier jeu pour Android à 15 ans et le second se passionne pour l'intelligence artificielle et le Machine Learning.

Si l'aîné a plongé dans une MathsSup comme sortie normale de Terminale S (alors qu'il aurait très bien pu présenter SciencesPo), le cadet est moins intéressé par le rythme somme toute totalement délirant des CPGE. Je ne peux pas lui donner tort... On a donc cherché autre chose.

Eh bien le résultat est relativement clair :

  • il y a pas mal de "formations informatiques" en France, qu'elles soient publiques ou privées. Mais ce "pas mal" reste très insuffisant. La France sort par an ce que Bengalore sort à elle seule ; or en Inde, y'a pas que Bengalore, hein...
  • les formations privées me semblent rarement à la hauteur des besoins industriels modernes ; c'est fait pour alimenter les SSII/ESN, pas franchement pour générer de l'innovation de haut niveau
  • les facs proposent des bonnes formations, mais au bout d'un temps certain seulement et avec évidemment une forte orientation Recherche... Il faut avant se coltiner des plombes de matières qu'on avalera pour le partiel, recrachera pendant le partiel et évidemment oubliera juste après le partiel. Toute ressemblance avec la théorie du signal apprise à TélécomParis par les fadas de babasse dans mon genre n'est pas fortuite.
  • l'Ensimag - je suis rentré moi-même en MathSup pour tenter de la décrocher après être tombé sur leur plaquette en Terminale mais j'ai un peu bifurqué ;-) - affiche haut et fort sur leur Home Page qu'ils sont "École d'application de Polytechnique" mais ils n'ont pas de formation intégrée décorrélée des CPGE (et de leur écrase-purée) digne de ce nom. Les babasseurs qui sortent de l'Ensimag ont du auparavant prouver à la face du monde qu'ils connaissent le Lemme de Zermelo, sont capables de causer de diastéréoisomérie moléculaire, et surtout surtout savent que le tire-bouchon du vrai scientifique pur et dur doit être nommé Maxwell. Ce dont 98% des étudiants de l'Ensimag se foutent probablement comme de leur première chaussette et n'utiliseront plus jamais de leur vie. L'Ensimag est une formation magnifique, mais réservée au Concours Commun Polytechnique. Connerie.
  • l'Epita, dont le nom déclenche chez moi un souvenir "ému" (between quotes) pour des raisons qu'il vaut mieux ne pas citer ici, me semble très clairement la seule et unique formation française post-Bac sérieuse en Informatique. Les appellations de InfoSup et InfoSpé données à leurs première et seconde années sont bien vues, et circonstanciées. Les errements des années de jeunesse de l'Epita sont clairement oubliés depuis des lustres, et il est clair qu'ils positionnent l'informatique non pas comme un seul outil des mathématiques ou de la physique, mais bien comme une discipline supérieure (et j'insiste lourdement sur cet adjectif) à part entière. Certes, un bagage minimal dans les sciences "dures" est au programme, c'est bien la moindre des choses ; mais on n'est pas dans le bourrage de crâne, ni dans l'inutile.

Quant à ParcoursSup, mon fils a du répondre à un auto-QCM pour les candidatures Fac/IUT. Il a choisi, ô surprise, Maths/Informatique. Les questions étaient consternantes de nullité, voire de bêtise crasse. Quand je dis auto-QCM, cela signifie donc que le gamin est seul devant son navigateur Web et que l'onglet 1 est ouvert sur le questionnaire ; il va sans dire que le slacker  (mais pas mon fils) aura l'onglet 2 ouvert sur Wikipedia ou tout autre ressource immédiatement utile. Non mais quel est le bachi-bouzouk qui a inventé ce machin ? Pour certaines questions, c'était même pire : une vidéo de quatre minutes (si, si) était à voir/écouter et les réponses à trois questions étaient DIRECTEMENT fournies dans la video... Tout cela fait, le moutard doit fournir n, avec n grand selon la formule consacrée, lettres de motivation voire CVs ! Mais bordel de Zeus, on parle d'un gamin de 17 ans qui sort des jupes de sa mère, n'a rien encore vécu professionnellement puisque justement il espère beaucoup de sa formation post-Bac. Et avec ça on va inonder tous les établissements de France et de Navarre avec près de 700 000 lettres de motivation fois 10 candidatures par moutard, soit près de 7 MILLIONS DE LETTRES DE MOTIVATION. Alors arrêtons d'être faux-culs, la vaste majorité d'entre elles n'est pas lue, le nombre d'hommes-années pour les lire toutes est hallucinant ; elles finissent donc poubellisées sans autre forme de procès et on devrait arrêter les frais pour la prochaine session ParcoursSup avant qu'on n'atteigne la fourniture d'une analyse de matière fécale pour compléter son dossier.

En conclusion, je dirais que la France a besoin d'une vingtaine d'Epita. Elle a également besoin, toujours besoin, d'un grand coup pied dans le cul en ce qui concerne l'Informatique mais là, malheureusement, rien de nouveau sous le soleil. Quant à ParcoursSup, c'est un pansement sur une jambe de bois. Le système éducatif supérieur français a fini d'être mis en place alors que moins de 70% d'une classe d'âge obtenait son Bac. Or en 2018, le Bac général a un taux de réussite de 91.1%, excusez du peu. Notre système est saturé, il n'en peut plus, il craque de toute part. Nous payons des décennies de sous-investissement dans ce qui est l'avenir du pays, son éducation. Il faut arrêter de prendre les gens pour des veaux : ParcourSup, c'est la sélection qu'on n'a pas le droit, pour l'instant, d'appliquer. Ouvrons les yeux, le nouveau prolétariat est prêt, il a le Bac - et rien que le Bac...

PS: il a fallu des décennies pour que l'INRIA quitte récemment les préfabriqués indigents de Rocquencourt. Je me rappellerai longtemps de ce chercheur américain, rencontré à Stanford, me racontant son effarement à son arrivée à Rocquencourt dans un préfab entre la caserne de pompiers et la voie rapide.. Voilà, tout est dit.