Les Républicains se sont donc pris une rouste maousse-costaud. Deux ans après la présidentielle, ce parti a un pied assez net dans la tombe. Malgré les commentaires larmoyants de certains (cherchez sur twitter mais soyez prévenus, c'est de la lecture difficile au petit matin, genre des anti-IVG, des cathos bien fondus, etc.), la campagne de Bellamy n'a non seulement pas été bonne, elle a été mauvaise. Je m'explique...

Avant de parler du bonhomme, il faut parler de stratégie, de ligne de campagne et d'électorat cible. Le positionnement de la campagne européenne a été très clairement le cul entre deux chaises, entre FIllon et Wauquiez. Or le premier n'a pas réussi à rassembler même son propre parti alors qu'il lui aurait fallu aller au-delà pour percer, tandis que le second est un repoussoir absolu pour les historiques RPR/UMP qui l'accusent de buissonisme effréné (à juste titre, d'ailleurs...). Une telle campagne, entre valeurs bourgeoises et cathos-tradi d'une part, frôlant de bien trop près des thèmes nets de l'extrême-droite d'autre part, ne pouvait pas faire mouche en 2019. Il est d'ailleurs passionnant de noter que seuls 34% des électeurs de Fillon en 2017 ont voté Bellamy en 2019, excusez du peu. Ce n'est plus une rouste, c'est un coup de poing dans le ventre.

Si vous avez bien suivi comme moi la "campagne" des européennes, que nous a proposé LR dans le poste et sur les radios récemment ?

  • un des personnages les plus présents et les plus reconnaissables a été Eric Ciotti. Son inculture, son époustouflante incompétence, ses interventions hors-sol et tous azimuts ridiculisent LR. Il hérisse le poil à la majorité des gens, même de son propre parti.
  • Bellamy est philosophe conseiller municipal à Versailles (prononcer Versââââââilles) et il est infoutu de ne pas le montrer dans son langage, sa présentation, son style, tout. Il ne parle pas aux masses et il ne parle pas beaucoup plus à son propre électorat dont l'histoire entière est celle du suivi d'un Chef, avec un grand C, et pas un inconnu sorti d'un chapeau. Il sort de nulle part et prend des positions dignes de 1960 dans une France de 2019. Il a successivement perdu les non-cathos, les non-bourgeois, les progressistes, les femmes et il a fini en prenant une position sur la fin de vie totalement à contre-pied de ce que souhaite la majorité de la population de ce pays. Il fait exactement ce que fait l'Église en France : faire le contraire de ce que les gens attendent et se demander ensuite pourquoi les églises sont vides. Quant à sa position sur l'IVG - encore un connard de mec qui se préoccupe de l'utérus des femmes au lieu de tenter d'arrêter de pisser le plus loin - on lui recommanderait bien de s'expatrier dans un état du sud américain. Les Français sont dans leur vaste majorité horrifiés de ce qui se passe là-bas, ce qu'il s'est passé en Irlande ou en Pologne. Être à contre-courant à ce point ne pouvait que se payer cher.
  • personne n'a oublié que Retailleau a été le fidèle lieutenant de Fillon et qu'il détient encore les clés de son microparti. Ses prises de positions ont souvent été archaïques, débilitantes pour son propre parti. La stratégie de soutien par Sens Commun et la Manif pour Tous a été dévastatrice, n'est pas oubliée et reste pour beaucoup d'électeurs LR impardonnable et surtout inacceptable.
  • idem pour Valérie Boyer, qui ne sait plus quoi inventer pour exister.
  • Laurent Wauquiez ne passe pas dans son propre parti. Le greffon ne prend pas. Dans ma ville, fief historique RPR/UMP s'il en est un, LR a fait 16.36% alors que LREM a fait 39.07%. Et je suis ravi de noter que les chemises brunes recolorées en beige y font moins de 10%.
  • Sarkozy s'est bien abstenu de mettre un doigt dans un tel panier de crabes et il a eu raison.
  • côté idées, propositions, LR a été dans un vide abyssal. La campagne a été invisible parce qu'en fait inexistante. Toute la presse s'est planté : un jeune à belle gueule qui parle bien dans son microcosme et une méthode Coué de son propre parti disant "si, si, ça bouge !" ne suffit pas.
Il est incroyable de constater que LR n'a plus vraiment que deux noms à sortir du chapeau : Nicolas Sarkozy d'une part, et Xavier Bertrand d'autre part. Bertrand a désormais toutes ses chances et je le crois parfaitement capable de donner l'impulsion moderniste et plus centriste capable de reconstruire LR. Mais cela sera difficile, et il doit se poser beaucoup de questions en ce moment. Prendre le risque de se faire atomiser en même temps d'un parti en coma quasi-dépassé ou continuer une belle carrière locale pour tenter sa chance directement au plus haut ?